Arrachées au réel, aspirées par le virtuel, divisées par la vanité du monde, ainsi meurent et renaissent les figures de Narcisse. Blue swan.
très visionnaire quant à notre époque où l’image (celle que l’on observe autant que celle que l’on projette sur l’autre) et le virtuel dans les rapports à l’autre sous toutes ses formes a tant de place dans la société. La notion du regard est omniprésente comme chez De Palma au travers de la mise en abyme ( notamment avec le double maléfique et persécuteur et le vacillement vers la folie) Il y a un suspens presque hitchcockien. On est sans cesse entre fiction et réalité, réel et virtuel. Les mondes virtuels offrent la possibilité de jouer avec les fantasmes dans un « monde numérique » comme un nouveau monde, une nouvelle forme de relations et un nouveau rapport au corps. Et avec les images virtuelles, il est clair que le modèle de l’image n’est plus le monde réel, mais la réalité intérieure, c’est-à-dire l’image psychique.
Toute l’intrigue est vue sous un angle subjectif , celui du personnage principal , une jeune fille japonaise de la fin du XXème siècle, célèbre mais pourtant solitaire, qui à travers le numérique , voit son existence et son identité appropriées par les autres, par son public. Dans la prison des images où elle est enfermée , on y approche le vacillement vers la folie du personnage . C’est aussi une dénonciation des dérives narcissiques d’une société où l’être s’efface sous le poids du paraître. Daren Aronofsky a semble-t-il beaucoup emprunté à Perfect Bleu pour son film Black Swan.
Sinon, le film fait référence aussi aux « otaku» terme japonais désignant une personne extrêmement passionnée, obsédée au point de tourner le dos à toute forme de vie sociale et de ne communiquer qu’au travers des nouvelles technologies. En japonais courant, l'expression à pour sens premier un simple "votre maison". Elle a été reprise en 1983 par le journaliste Akio Nakamori afin de forger un néologisme correspondant à un phénomène nouveau ( dans les années 80, on voit un accroissement du nombre de Japonais se cloitrant chez eux pour assouvir leur passion pour la culture japonais contemporaine.) Le phénomène otaku a, au tournant du siècle actuel, commencé à prendre un nouveau sens.