Durant la guerre du Vietnam, l’avion du pilote américain Dieter Dengler est abattu au-dessus de la forêt du Laos. Capturé, il est emprisonné avec d’autres soldats américains dans un camp au cœur de la jungle et doit survivre à des conditions de détention terribles, à la torture, aux maladies et à la faim. Quelques mois plus tard, les détenus parviennent à échapper à la vigilance de leurs geôliers. Mais Dengler se retrouve seul, perdu au milieu de la jungle et doit son sauvetage miracle à un aviateur de passage.


Petit Dengler doit voler raconte l’histoire de cet homme, survivant du Vietnam, une partie de son enfance, de son désir de devenir pilote, de son embrigadement militaire. Mais surtout il s’agit de reconstituer son calvaire de prisonnier, le récit de son évasion puis le mystère de son sauvetage. Comme toujours avec Herzog, le documentaire rejoint la fiction ou l’inverse, le rêve se mélange au réel, l’archive à la reconstitution.


Ce qui impressionne avec Dieter Dengler et qui se situe à l’opposé de Juliane Koepcke ou de Walter Steiner c’est sa prolixité, voire son enthousiasme pour rejouer l’événement, incarner son témoignage. Cette fougue verbale – saturée d’anecdotes incroyables – c’est aussi celle qui fait au préalable de cet enfant au cœur des bombes un admirateur des bombardiers volants alliés. C’est de cette image qu’est venu à Dengler l’envie de voler. Ce désir absurde qui le pousse à partir en Amérique et à s’engager chez les marines.


Mais autour de ces héros qui n’en sont pas vraiment ou qui le sont pour avoir miraculeusement déjoués le plan de la mort – « les vrais héros ce sont ceux qui sont morts » dira par ailleurs Dengler – il y a toujours une place pour des reconnaissances diverses, ici cet aviateur ou ce grand-père érigé contre Hitler ou cet ami de torture que des villageois furieux ont finalement décapité sous ses yeux ou encore cet ours qui l’a suivi sans l’attaquer.


Le film est découpé en quatre parties. Il s’agit d’abord de faire connaissance avec le Dengler aujourd’hui. De constater l’incidence de son épreuve sur sa façon de vivre, son amour des portes (car une porte s’ouvre), son besoin de faire des stocks de vivres pas possible, qu’il n’utilisera probablement jamais mais qui lui permettent de mieux dormir. Le deuxième chapitre est plus impalpable et fait croiser le rêve et la mort, puisque Dengler doit sa fascination pour les avions à ceux qui frôlaient sa maison lors des bombardements. Lui aussi finira par bombarder ses ennemis. Et Herzog présente cela sous forme d’images d’archives qui font côtoyer opéra et napalm. Le rêve de Dengler et le cauchemar de la guerre. La troisième partie du film se concentre sur la reconstitution de sa captivité et son évasion. La dernière sur le chemin de rédemption.


À noter que le film se voit dorénavant allongé d’un petit hommage militaire à Dengler, décédé trois ans après le tournage du film. Maintenant, il me faut voir la fiction (Rescue dawn) qu’en a tiré Herzog lui-même huit ans après son docu. À la fois je trouve ça hyper herzogien comme projet et anti-herzogien, comme démarche. Ça me fascine.

JanosValuska
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le 30 oct. 2025

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