Comme devant chaque adaptation littéraire, le ressenti devant Petit pays sera différent selon que l'on a lu ou non le roman d'origine. Le livre de Gaël Gaye, publié en 2016, valait tout autant que par ce qu'il racontait que par son style; tendre, chatoyant et velouté. Le Burundi ne fait pas vraiment partie des pays africains qu'il est assez aisé de situer étant donné sa taille réduite, équivalente à 1/20e de la France, ou encore de 1/80e de celle de la République démocratique du Congo, l'un de ses voisins avec la Tanzanie et le Rwanda. Quant à la guerre civile, qui a ensanglanté le Burundi de 1993 à 2001, et dont les cendres sont loin d'être froides, elle n'est connue que par ceux qui s'intéressent de près à l'actualité de cet ancien protectorat belge. Alors oui, le film est fidèle au livre, dans ses grandes lignes, rendant plutôt bien ce temps de l'innocence enfantine à Bujumbura, avant la violence, avec le chapardage de mangues, les moments d'amitié et la découverte de la littérature. Mais la mise en scène, sage et illustrative, se révèle moins efficace dès lors que la tension monte et que le danger rôde. Comme dans La promesse de l'aube, son précédent long-métrage, Eric Barbier ne démérite pas mais ne parvient pas à se hisser au niveau de l'ouvrage qu'il retranscrit à l'écran. Rien de honteux là-dedans, surtout si le public du film qui ne connaît pas encore la prose de Gaël Faye se décide à la découvrir après la projection. Plaisir garanti.