Dans le silence assourdissant laissé par les ruines d’un champ de bataille, comment parvenir à narrer l’inénarrable ? Comment parvenir à mettre en image l’horreur de la guerre tout en conservant l’innocence de l’enfance ? Éric Barbier saurait assurément vous répondre. Parce que Petit Pays est avant tout un récit sur la tragédie rwandaise, il dévoile aussi un soupçon d’innocence.
Avant même d’expliquer ce que j’ai aimé dans ce film, permettez-moi une recontextualisation historique. Notre histoire se déroule dans les années 1990 alors que la colonisation des métropoles européennes se parachève définitivement. Dans un Burundi caractérisé par sa perméabilité aux violences et à la dissidence, Gaby, jeune Franco-rwandais d’une dizaine d’années, est confronté à un différend ethnique qui le dépasse. Qu’est-ce qui oppose Hutus et Tutsis ? Pourquoi se font-ils la guerre ?
Dès lors, Eric Barbier fait parler son génie. Nous suivons Gaby dans sa quête de sens et d’apprentissage, mais nous vivons aussi la violence dans ce qu’elle a de plus crue. Jean-Paul Rouve joue à merveille son rôle de père, en ce qu’il est à la fois protecteur et dur pour lutter face à l’adversité. Ce qu’il désire, c’est juste la paix.
Finalement, la conclusion du film est aussi subtile que déchirante. La mère de Gaby sombre dans la folie et l’errance, folie qui caractérise bien le tragique historique du Rwanda, dont les blessés errent dans un pays à reconstruire.