Avec Phantom (2013), Todd Robinson ambitionne de plonger son spectateur au cœur d’un thriller sous-marin sombre et paranoïaque, ancré dans les dernières heures de la Guerre froide. Pourtant, malgré un cadre historique intrigant et un décor propice à la tension, le film finit par sombrer sous le poids de ses propres intentions mal maîtrisées. Ma note de 3.5/10 reflète une déception marquée, nourrie autant par les promesses non tenues que par un sentiment persistant de platitude narrative.
Dès les premières minutes, on sent que Phantom veut jouer la carte du suspense psychologique, à la manière d’un Crimson Tide ou d’un Das Boot. Le huis clos d’un vieux sous-marin soviétique, conduit par un capitaine hanté par son passé (interprété par Ed Harris), aurait pu offrir une immersion haletante. Malheureusement, le scénario peine à faire émerger une tension véritable. Les enjeux géopolitiques restent flous, les motivations des personnages manquent de chair, et les dialogues sonnent souvent comme des exposés forcés plutôt que des échanges incarnés.
La mise en scène, sobre à l’excès, finit par desservir l’atmosphère : les couloirs métalliques du sous-marin deviennent rapidement répétitifs, et la réalisation échoue à instaurer une réelle oppression. Le rythme, lent et peu maîtrisé, accentue un sentiment d’ennui qui mine l’implication émotionnelle. On attend un crescendo dramatique, mais ce dernier n’arrive jamais vraiment ; ou quand il survient, il paraît artificiel et précipité.
Il faut reconnaître à Ed Harris et David Duchovny un certain professionnalisme, mais leurs performances, bien que solides, ne suffisent pas à compenser l’écriture trop rigide de leurs personnages. Le film se veut introspectif, mais ne nous laisse guère le temps d'entrer dans la psyché de ses protagonistes. Même les dilemmes moraux, pourtant prometteurs, sont à peine effleurés.
Mon avis reste néanmoins nuancé : Phantom n’est pas un navet complet. On perçoit par moments une ambition sincère, notamment dans la volonté de raconter une histoire plus humaine qu’héroïque. Mais cette ambition reste engluée dans une exécution trop scolaire et un manque flagrant de souffle dramatique. Le film laisse un arrière-goût d’inachevé, comme si l’ombre d’un grand film planait sans jamais se concrétiser.
En somme, Phantom est un thriller sous-marin qui, faute de profondeur narrative et d’audace formelle, finit par flotter mollement à la surface de son sujet. Dommage, car le matériau de base avait tout pour offrir un voyage en eaux troubles autrement plus captivant.