Le début de ce Phoenix est bien terne, on suit une femme rescapée des camps et visiblement blessée au visage qui subit une chirurgie reconstructrice... Elle cherche son mari dans une ville en ruine. Tout ça met un peu de temps à se mettre en place, mais une fois que c'est en place, on a un film d'une rare puissance.


Parce que son mari, elle le retrouve assez vite, sauf que son mari ne la reconnait pas. Elle qui avait déjà du mal à assumer son nouveau visage et à ne plus être elle-même après avoir été déportée... Un jeu malsain s'installe alors entre les deux. Il veut la faire ressembler à sa femme pour toucher un héritage, et la femme veut être celle qu'elle était avant la Shoah, celle qu'elle n'arrive plus à être, et donc va accepter les demandes de son mari pour s'imiter le plus possible, le tout en tentant de reconquérir son mari.


On est sur un film troublant sur l'identité. La femme va jusqu'à parler de son "elle" du passé à la troisième personne. Et en filigrane de tout ça il y a forcément le nazisme et ce qui s'est passé pendant la guerre. Ce qui était n'est plus, son visage, sa maison, son mari, son identité... Elle n'est plus la même personne.


Ce qui est touchant c'est qu'elle a l'air de se donner à fond pour plaire à son mari, pour se ressembler le plus possible et si on voit que son mari est troublé parfois pendant une demi seconde, il va tout faire pour la rabaisser, pour dire que ça ne va pas, qu'elle n'est pas comme sa femme... Nous spectateurs on ne verra jamais à quoi elle ressemblait avant, même en photo, on ne peut pas juger, on est comme l'héroïne, obligés d'attendre les commentaires du mari pour savoir si elle arrive à se ressemble, à devenir celle qu'elle était.


Et durant tout ce jeu de dupe, la femme va lancer des perches, que le mec ne saisira pas, il n'y prêtera même pas attention. Elle lance des perches alors qu'elle a de plus en plus de doutes sur l'implication de son mari dans son arrestation par les nazis... Elle pense encore que ce n'est rien, elle ne veut pas y croire, elle aime son mari, elle veut retrouver sa vie d'avant.


Je pense notamment à une séquence où les deux sont à vélo, elle commence à comprendre, elle le questionne, il ne répond pas et lui propose de faire une simulation de leurs retrouvailles à la gare, ce qui permettra de toucher l'héritage et de se le partager... La scène doit être sobre, à peine une tête posée sur l'épaule et elle, malgré ses doutes, malgré les silences du mec, elle ne peut pas s'empêcher de l’enlacer tendrement... C'est beau.


Mais le plus beau c'est dans cette fin, les différences entre la répétition et le vraie moment des fausses retrouvailles... Et surtout elle, en robe rouge, rayonnante et froide, renaissant de ses cendres et se retrouvant aux côtés de ses connaissances d'avant la guerre... Jusqu'au dénouement, terrible...


Petzold arrive à parler de la Shoah, de ce qu'elle a fait aux survivants, de comment elle les a modifié, de comment ils n'arrivent plus à vivre comment avant (voire qu'ils n'arrivent plus à vivre du tout), il y a quelque chose de profondément juste à là-dedans... Et le tout est fait sans misérabilisme, dans l'intimité d'une chambre à coucher de fortune, sur un lit d'appoint, dans un sous-sol un peu miteux, avec une femme qui tente de plaire à son mari.


Il se joue là quelque chose de tellement beau et tragique.


Et puis, la fin, la conclusion de tout ça... Vraiment l'une des fins les plus marquantes qui soit. Bouleversant.

Moizi
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le 21 avr. 2026

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