Piano Blues confirme l’intérêt de Clint Eastwood pour le portrait individuel contenant en lui une vaste fresque, celle d’un milieu social et géographique, celle d’un art et d’un pays, ou tout cela mêlé. Par le documentaire, il théorise son approche d’une musique pratiquée comme passion et déjà représentée dans Bird (1988) ainsi que dans nombre de films, qu’ils lui soient ou non consacrées. La justesse du présent long métrage réside dans l’espace laissé à la parole : à partir de questions d’ordre général se révèle une complicité, renaît une époque que les images d’archives font entendre, figurent et décuplent. Le montage articule intelligemment les réminiscences aux morceaux joués autrefois ou maintenant, à deux mains ou à quatre, et c’est un artiste qui, en toute modestie, cède son fauteuil à d’autres artistes plus anciens que lui pour un dialogue où l’anecdote amicale remplace l’exposé érudit. Une belle réussite.