Et c'est parti pour Pickpocket, un film que j'attendais de voir depuis fort longtemps puisque je me suis donné comme objectif de rattraper le gouffre sans fond que constitue ma méconnaissance en terme de cinéma français, et je dois avouer que si le résultat est globalement positif, le bilan n'en reste pas moins en demi-teinte. Mais ne faisons pas tomber le courroux de la sanction diabolique et traitons tout d'abord des points positifs de ce film :


La réalisation est impeccable, c'est techniquement parfait, les méthodes de vol et l'apprentissage du héros au travers des années et de sa montée en compétence et en audace en tant que voleur à la tire est parfaitement bien traitée, intéressante et je dirais même amusante si tant est qu'on puisse s’intéresser au sujet jusqu'à dire "ça y est il l'a ! huhuhu" à chaque scène ou presque de vol, et c'est tout aussi amusant de voir le manège des voleurs, notamment dans une scène de train ou la virtuosité du doigté le dispute à l'ingéniosité des échanges, toujours en toute discrétion. Une ou deux fois c'est un peu gros mais toujours largement satisfaisant.


Tout le film fonctionne en systèmes de va et vient : un évènement se produit, un enchainement de péripéties sans tenants arrivent avec leurs aboutissants, mais la raison de ces évènements ne sont expliqués que plus tard, voire beaucoup plus tard dans le film, se présentant comme un enchainement non linéaire des évènements, on revient constamment sur un évènement a priori sans raisons voire anodin pour lui donner une justification a posteriori souvent plusieurs scènes après de telle sorte que le spectateur pour peu qu'il accepte de ne pas se voir tout expliquer passera son temps à faire "mais attend d'où ça sort ça ? ..... aaah mais c'est pour ça ! "


Et je crois qu'il s'agit d'à peu pret tout. En terme de défauts malheureusement la liste est un peu plus longue.


Ce qui frappe tout d'abord, c'est l'adoption par l'acteur principal d'une façon de parler des plus littéraires et d'une absence totale de naturel à tel point qu'on a l'impression parfois à outrance que l'acteur récite son texte. Si le héros apparait globalement peu expressif pour des raisons de réalisation, ses échanges verbaux même à des périodes où cela ne l'exigerait pas donnent à l'ensemble un coté plus artificiel. On retrouve un peu la même idée dans le film "Hiroshima mon amour" où l'infirmière hachait volontairement ses mots qu'on peut deviner pour être plus compréhensible par son amant japonais, mais dans le cas de Pickpocket si l'on peut penser qu'il romancier ait une façon de parler plus littéraire que les autres l'excès est un peu trop marqué.


Également les motivations du héros ne sont jamais clairement définies, on constate qu'il est devenu voleur a priori par nécessité, mais ses motivations quant à sa continuation restent relativement floues et on ne peut que supposer à cette idée : appât du gain ? cleptomanie ? simple habitude ? peut-être et ce ne sont les propos tenus par le héros vis à vis du vol qui vont améliorer la donne.


Et puis il y a une sorte d'histoire d'amour elle est très annexe et se fait en deux parties dommage que le passage de l'une à l'autre soit aussi brutale au point de faire disparaitre un personnage sans raison comme si l'acteur en arrêt maladie n'avait pas pu filmer sa dernière scène. Au final cette portion du scénario qui rêvait une importance particulière est traitée de façon trop anecdotique pour être traitée comme elle aurait dû l'être, un peu comme si Bresson ne sachant comme signifier la fin de son film l'aurait fini de la sorte. Certes c'est mignon, mais dommage.


Au final, que dire de ce film ? qu'il est techniquement parfait et qu'il possède des qualités incroyables quant au traitement du sujet principal sur lequel je n'ai rien trouvé à redire tant le niveau est bon, mais qu'il pèche par un défaut d'artificialité et par des trous dans le scénario notamment dans l'explication de certaines motivations.


Au moment où j'écris cette critique je peine encore à trouver une juste note pour ce film, car certes il n'est pas parfait mais contrairement à nombre de critiques sur ce site je ne me suis pas ennuyé à le regardé et j'y ai pris du plaisir malgré le traitement particulièrement immonde des textes du personnage de Michel qui ne m'ont pas du tout convaincu mais donnent une particularité au film. Je ne finirai donc simplement qu'en disant que c'était une œuvre intéressante, bourrée de qualités, plutôt intéressante, et que ses défauts s'ils sont prononcés sont heureusement partiellement compensés par ses qualités.

Crillus
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste films vus en 2015

Créée

le 28 juin 2015

Critique lue 382 fois

Crillus

Écrit par

Critique lue 382 fois

3

D'autres avis sur Pickpocket

Pickpocket

Pickpocket

7

Bouquinages

95 critiques

L'art de faire les poches

Pickpocket s'ouvre sur le texte suivant : « Ce film n'est pas du style policier. L'auteur s'efforce d'exprimer par des images et des sons le cauchemar d'un jeune homme poussé par sa faiblesse dans...

le 3 mai 2012

Pickpocket

Pickpocket

6

Cinemaniaque

1320 critiques

Critique de Pickpocket par Cinemaniaque

Ce qui est paradoxal, et en même temps porte préjudice au film, c'est sa contradiction interne. J'entends par-là que Bresson, dans sa logique cinématographique, veut d'abord donner un film à...

le 6 juin 2011

Pickpocket

Pickpocket

8

Hugo_P

44 critiques

Critique de Pickpocket par Hugo_P

Pickpocket, une activité assez fascinante, mais pas très cinématographique, pour une raison simple, le but étant de ne pas se faire voir. Pourtant Bresson en offre une vision intéressante. Sa mise en...

le 9 nov. 2010

Du même critique

37°2 le matin

37°2 le matin

6

Crillus

154 critiques

T'as une belle affiche tu sais ?

Le film commence par une scène de sexe entre le héros et l'héroïne. J'ai un adage: une scène de cul, c'est du vide. Qu'on s'entende, je n'ai rien contre une scène de sensualité encore que je trouve...

le 14 sept. 2016

La Vie et rien d'autre

La Vie et rien d'autre

8

Crillus

154 critiques

Riz donc un peu !

Ce film est empreint d'originalité et de classicisme, servi chaud par une brochette d'acteurs cuits au feu de la connaissance après avoir été délicieusement trempés toute une vie dans une marinade de...

le 25 mars 2014

Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution

Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution

3

Crillus

154 critiques

Alphaville deviendra une ville heureuse comme Florence, Angoulême-city ou Tokyorama

Alphaville, c’est à la fois un film différent dans la filmographie de Godard, mais probablement celui qui résume le mieux les spécificités du cinéma du réalisateur Suisse. Qu’on se le dise, je n’aime...

le 15 août 2015