Outre son high concept en forme de huis-clos diabolique, Piégé promettait au moins un duel au sommet.
Car dans le coin droit, il y a avait rien de moins que l'une des figures du mal poids lourds de l'univers littéraire d'un petit bigleux vivant dans le Maine, récemment remaké par Hollywood tout en grimaces, maquillage rutilant et nouvelle interprétation iconique.
Dans le coin opposé, rien de moins que le cannibale le plus délicat et fin gourmet de l'histoire de la littérature et dont le cinéma s'est emparé avec succès en empruntant les traits d'un seul homme à la placidité des plus angoissantes.
Quant au ring, il est des plus limités : soit un véhicule grand luxe et tout confort, bardé d'électronique. Il y a pire comme affrontement en mode Royal Rumble.
Sauf que Grippe-Sou s'est démaquillé et abandonné son costume de clown. Quoique... Pour adopter la dégaine de petite frappe tendance Raphaël Arnault et la rhétorique révolutionnaire de Louis Boyard. Soit toute la profondeur du vide de La France Incendiaire au grand complet.
Sauf qu'Hannibal Lecter a pris bien cher, est devenu un vieux réac friqué, ne cesse de hurler "sales pauvres !" dès qu'il ouvre le micro et s'amuse à torturer les petites frappes en guise de Reconquête des territoires perdus de la république, comme Eric Zemmour. Et qui torture à coup de Yodel Polka, alors qu'il avait à sa disposition du Jordy, du Maître Gims et du Vianney. Pour la souffrance, on repassera...
Il est curieux qu'un film américain daigne s'intéresser aux failles politiques françaises actuelles, mais bouffe littéralement la feuille de match en en livrant qu'une caricature bien superficielle.
Il en est de même concernant son argument de vente, comme a pu le faire le très récent Novocaine.
C'est que le high concept proposé est plutôt accrocheur, mais tourne très vite en rond, comme le plan séquence de petit malin à l'intérieur du véhicule, que l'on ne cesse désormais de nous ressortir depuis 2006 et Les Fils de l'Homme.
Et il serait hypocrite de nier que voir une petite frappe bien punie flatte de manière assez naturelle notre désir de violence et de justice privée, ersatz idéal de ce qui peut nous arriver au quotidien et révélant toute notre impuissance.
Piégé s'avère donc un petit plaisir au goût éphémère, mais qui peine à se hisser au niveau des classiques du genre et pourra rappeler plus d'une fois le concept de Phone Game. Mais le film se montrera dans un même mouvement bien démago dans son propos et assez prévisible, car on ne vous montre pas dès le début la fille de Grippe-Sou pour rien, dès lors qu'Hollywood rechigne depuis longtemps à séparer un enfant de son parent n°1 ou n°2.
Mais le pire, c'est que Piégé se contente du strict minimum en matière de scénario, pas toujours très cohérent, et qui surtout rate le coche de ce qui aurait pu constituer un putain de twist, qui aurait pu questionner tant notre attachement tout relatif pour la petite frappe, la réaction démesurée de son tortionnaire que la thématique de l'auto justice, qui aurait pu être, à l'écran, bien plus ambiguë et sombre.
Mais rien de tout cela dans Piégé. Car un peu bête, sûrement méchante, l'oeuvre ne fait pas l'effort, tout simplement, de regarder plus loin que le bout de son high concept vendant du rêve.
L'affrontement aura donc assez rapidement tourné court.
Behind_the_Mask, en mode pilote automatique.