L’enjeu était vertigineux : confier à un cinéaste fasciné par la frontière entre chair et pixels l’histoire d’un pantin qui rêve de devenir humain. Or, c'est la catastrophe.
L’image, saturée de textures numériques et de lumières si lisses qu’elles en deviennent risibles, refuse toute incarnation. Pinocchio n’a ni poids ni grain, et Geppetto, perdu dans un décor qui ne répond pas, joue comme s’il répétait dans un hangar vide. La mise en scène, incapable d’assumer une vision, se contente de recopier le film originel sans en saisir une logique. Là où l’animation assumait sa cruauté et son étrangeté, cette version s’enferme dans un pseudo-réalisme qui neutralise tout frisson. L’Île aux plaisirs ressemble à une publicité trop chère, la métamorphose en âne ne traumatise plus personne, et Monstro rugit dans un océan de pixels sans jamais menacer quoi que ce soit.
À cette fadeur visuelle s’ajoute une manie d’explication qui achève d’étouffer le conte. En psychologisant Geppetto, en explicitant son deuil, le film croit gagner en émotion mais ne fait qu’aplatir l’allégorie. Là où il faudrait laisser l’ombre, il plaque un projecteur. Ce qui reste, c’est l’impression d’un cinéma qui dépense des fortunes pour imiter un miracle passé.