Les États-Unis, les années SIDA. On suit Lucas, agent infiltré chargé de piéger des gays dans les toilettes d'un mall. Qu'est-ce qui pourrait mal tourner ?
Plainclothes était parti pour rejoindre la liste des films LGBT+ faisant de la souffrance un spectacle. Pour une fois, je suis content de m’être trompé.
Ce n'est pas le scénario convenu qui marquera. Ni même les choix esthétiques appuyés – grain des années 90 et inserts de plans VHS. Ce film fait néanmoins une chose que peu de ses congénères osent : il ouvre une fenêtre d'espoir. Alors attention, je n’ai pas dit que c’était Heated Rivalry, Love Simon ou Heartstopper. On est bien dans les États-Unis des années 90. Tout de même, ce film délivre il me semble un message d’espoir à travers l’évolution de Lucas et l’acceptation de son homosexualité.
La romance au cœur du film déclenche une sorte épiphanie chez le personnage principal. Il comprend qu’il ne peut plus (se) mentir. Comme il le dira à son supérieur en quittant son job : “I’m done.” Il n'y a plus de retour en arrière possible. On découvre un personnage qui prend son courage à deux mains, qui essaie, maladroitement, mais qui se relève et continue. Malgré l’homophobie, la solitude, l’anxiété. Ça a quelque chose de vraiment touchant.
La bande originale vient souligner ce vague à l'âme d'un personnage tiraillé entre ses angoisses et l'amour qui le fait aller de l'avant.
La justesse du jeu des acteurs principaux, Tom Blyth et Russel Tovey, n’y est sans doute pas pour rien. Comme remarqué par d’autres, la scène du cinéma constitue le point d’orgue du film : belle, d’une efficacité remarquable, elle parvient en quelques minutes à faire vivre la relation entre Lucas et Andrew avec peu de moyens. Quelques mots, des silences, des regards fuyants mais intenses quand ils se croisent.
Le film n’est pas parfait, certains passages sont redondants ou n’apportent pas grand-chose à son économie générale. Je pense au spot présentant la façon dont la police procède et justifie l’arrestation des gays : elle fait doublon avec la première scène du film ; les scènes avec Emily, dont le statut et la relation avec Lucas ont des contours trop vagues pour retenir l’attention.
Et il y a ces fameux « plans VHS » rendus comme s’ils étaient filmés par Lucas avec un caméscope grand public de l’époque. Oui, ils sont trop nombreux, mais leur présence m’a tout de même intéressé, car pour moi, ils se livrent à plusieurs interprétations :
– ils soulignent l’intensité des émotions ressenties, positives ou négatives (peut-être l’usage le plus convenu) ;
– c’est la représentation de son état mental, son anxiété ;
– ils symbolisent la déshumanisation de Lucas qui perçoit le monde comme une caméra cachée : déformé, voilé, parfois désaturé, parfois sursaturé.
En résumé : un premier long métrage plutôt réussi, délicat, qui prend son temps pour déployer son sujet.