Chef-d'œuvre de l'acteur et cinéaste français Jacques Tati, Playtime s'impose comme son film le plus élaboré et une œuvre impressionnante de chorégraphie complexe, dont le cœur est à la hauteur de l'expertise technique. Totalement original et personnel, il s'agit d'une vaste épopée comique et poétique moderne, à la fois lyrique, austère et étrange. Au lieu d'une intrigue, il propose une cascade d'incidents ; au lieu de personnages centraux, une distribution de centaines de personnes ; et au lieu d'être une simple comédie, c'est un acte d'observation merveilleux. C’est le film le plus visuellement inventif des années 60 et aussi l’un des plus drôles.
Le film de 1967 tient toujours la route en tant que festin de gags visuels subtils, de bruits ludiques et, par-dessus tout, de merveilles plastiques. Jamais la maîtrise des effets sonores de Tati n'a été plus inspirée que dans ce long-métrage, désastre commercial à l'époque de sa sortie, mais qui n'en demeure pas moins son véritable chef-d'œuvre. Malgré cet échec initial, Playtime est aujourd'hui considéré par de nombreux critiques comme l'un des chefs-d'œuvre cinématographiques du siècle. Pour ma part, c'est le plus grand film jamais réalisé.
La comédie a rarement été aussi complexe, incisive et inspirée. Le chaos soigneusement conçu qui s'ensuit est discret et subtil, mais toujours hautement original et souvent brillant. Dans ce paysage, tout le monde est un touriste, mais Tati suggère qu'une fois que nous parvenons à nous trouver les uns les autres, nous sommes tous à notre place. Playtime attaque le « bon goût » de la compréhension en vous faisant saisir l'importance de l'absence et de la présence qui coexistent dans un espace public moderne partagé et un espace privé qui disparaît progressivement.
C’est un cinéaste qui nous montre comment son esprit traite le monde qui l’entoure. Le film n'occupe aucun genre et n'en crée pas de nouveau. Playtime est net, coloré et visuellement très impressionnant. Avec cette œuvre, Tati a réalisé l'un des films les plus totalement « habitables » de l'histoire. C'est un rappel vivifiant, dans cette ère bien trop paresseuse, que les films peuvent occasionnellement atteindre le statut d'art. Bien que ce chef-d'œuvre sans intrigue soit loin de la comédie grand public des Vacances de Monsieur Hulot, les spectateurs patients seront récompensés par une symphonie envoûtante de gags visuels et d'observations sociales.