Playtime de Jacques Tati est un film à voir et à revoir. Il possède tellement de détails qu'il faut plusieurs visionnages pour les découvrir et les apprécier.
Personnellement, ce long-métrage a été un véritable choc. Pourtant, je n'étais pas un admirateur absolu de Jacques Tati. Son humour ne me faisait pas particulièrement rire et je restais assez hermétique à son cinéma.
Mais plusieurs éléments m'ont amené à aimer Playtime.
Il y a d'abord eu un texte de Jean-Baptiste Thoret. Dans ce texte, Jean-Baptiste Thoret comparait Louis de Funès et Jacques Tati. Selon Jean-Baptiste Thoret, Louis de Funès est un acteur qui n'a presque pas besoin de réalisateur tant il occupe tout l'écran. À l'inverse, Jacques Tati cherche constamment à disparaître derrière sa mise en scène. Jacques Tati laisse vivre le plan et invite le spectateur à regarder partout plutôt qu'à suivre un personnage. Jean-Baptiste Thoret allait même jusqu'à rêver d'un film réunissant Louis de Funès et Jacques Tati. C'est à partir de ce moment-là que Jacques Tati a commencé à m'intéresser.
Puis il y a eu une rétrospective dans mon cinéma d'art et d'essai. J'ai découvert Playtime en salle, et cela change absolument tout. Jacques Tati a pensé et réalisé Playtime pour le grand écran. Comme je le disais au début, cette comédie est construite sur une multitude de détails. Beaucoup de gags se déroulent à l'arrière-plan, tandis que d'autres naissent de la profondeur du cadre. Tous ces éléments ne révèlent leur richesse que dans une salle de cinéma.
Enfin, Playtime répond à l'une de mes théories sur le cinéma : un grand film n'a pas forcément besoin d'une histoire au sens traditionnel du terme, mais il a besoin d'un grand scénario.
Je m'explique. Dans Playtime, Jacques Tati enchaîne des saynètes burlesques sans véritable intrigue. Il n'y a pas réellement de héros, ni même de personnages principaux. Jacques Tati préfère suivre des silhouettes, toujours à une certaine distance. Le film nous fait passer d'un aéroport à des bureaux, puis à des magasins, avant de nous entraîner sur les routes de cette ville moderne. À première vue, ces séquences semblent n'avoir aucun lien entre elles. Pourtant, Jacques Tati développe un véritable propos. Jacques Tati se moque d'une certaine modernité, mais il s'en inquiète aussi. Il observe des individus qui finissent par se ressembler, prisonniers d'une architecture et d'un mode de vie qui les uniformisent. Le regard de Jacques Tati sur l'être humain n'est pas tendre. Playtime est un film profondément désenchanté.
Et pourtant, quel spectacle ! Visuellement, Playtime est une fête de chaque instant. Chaque plan est composé avec une précision extraordinaire, et Jacques Tati réalise un travail immense sur le design sonore. Les bruits, les silences et les sons participent autant aux gags que les images.
À mes yeux, Playtime est un sommet du cinéma. C'est aussi une excellente porte d'entrée dans l'univers de Jacques Tati. Grâce à Playtime, j'ai appris à aimer le cinéma de Jacques Tati. Aujourd'hui, je suis devenu un véritable inconditionnel.