Ô spectateurs cartésiens, si vous abhorrez les invraisemblances, rebroussez d’emblée votre chemin. René Clément les accumule : invraisemblance géographique tout d’abord, les personnages allant gaiement et sans cesse de Rome à Taormina (Sicile) en passant par Naples en un claquement de doigts, alors que plus de 750 km les sépare et que la télétransportation n’a pas encore été inventée. Invraisemblance psychologique ensuite, avec ce portrait mal esquissé d’un assassin qui commet un crime sans y croire lui-même, tant le geste semble sorti de nulle part, ridiculement justifié par un coup de soleil, comme s’il s’agissait de violence gratuite alors qu’il agit avec préméditation, annonçant d’ailleurs ses velléités meurtrières à la victime en devenir. Invraisemblance narrative enfin avec ce meurtre jamais élucidé, la faute à des forces policières d’une bêtise considérable laissant toujours échapper le criminel miraculeux et des personnages d’une naïveté incroyable n’arrivant pas à saisir les mobiles du crime.

Si l’on parvient à omettre ces quelques lacunes, ou tout du moins à s’en accommoder, il ne reste qu’à jouir de Delon, dont d’aucuns rêvent secrètement de lécher le torse glabre et humide de sueur salée avant qu’il ne leur plante, par derrière - ou non, selon les préférences - son couteau long et dur, érotiquement assassin. Delon, ami-ennemi, qui trompe tout le monde, lui en premier, qui s’aime et s’embrasse dans la glace puis assassine son ami pour mieux le posséder : pénétrer l’autre tout en étant soi, lui dérober identité, vêtements, argent et femme : homosexualité refoulée, incarnation du fantasme des pulsions de vie et de mort ou révolte ouvrière du dominé contre le dominant ? Chacun y va de sa lecture, la plus accommodante – si toutefois lecture il y a et si elle est méritée.

Les nombreuses anecdotes autour du film, des coulisses, des conditions de tournage, du casting démontrent bien la pauvreté de la critique.


Marlon_B
6
Écrit par

Créée

le 26 avr. 2024

Critique lue 41 fois

Marlon_B

Écrit par

Critique lue 41 fois

2

D'autres avis sur Plein soleil

Plein soleil

Plein soleil

8

SBoisse

le 2 août 2018

Suivre

« Quand on veut faire distingué, ce qui est déjà une intention vulgaire... »

Alain Delon a 22 ans. Il n’a pas encore oublié que, titulaire d’un CAP de boucherie, il a appris le métier auprès de son beau-père, que pour fuir la charcuterie, il s’est engagé dans la Marine...

Plein soleil

Plein soleil

7

guyness

le 18 juil. 2013

Suivre

Delon en large

Ha ha. Sacré Alain. Si votre route croise ce "plein soleil" par le biais du DVD ou du Bluray, bref du support physique, ne ratez sous aucun prétexte la petite interview de Delon dans les bonus. Non...

Plein soleil

Plein soleil

9

GuillaumeRoulea

le 23 sept. 2013

Suivre

Un ange noir pour un diamant flamboyant

Comme il y eu "La Bandéra" de Julien Duvivier pour Jean Gabin, il y a "Plein Soleil" de René Clément pour Alain Delon. Ce grand classique du film noir, c'est la naissance d'un mythe. Le mythe Delon...

Du même critique

Call Me by Your Name

Call Me by Your Name

5

Marlon_B

le 17 janv. 2018

Suivre

Statue grecque bipède

Reconnaissons d'abord le mérite de Luca Guadagnino qui réussit à créer une ambiance - ce qui n'est pas aussi aisé qu'il ne le paraît - faite de nonchalance estivale, de moiteur sensuelle des corps et...

Lady Bird

Lady Bird

5

Marlon_B

le 18 janv. 2018

Suivre

Girly, cheesy mais indie

Comédie romantique de ciné indé, au ton décalé, assez girly, un peu cheesy, pour grands enfants plutôt que pour adultes, bien américaine, séduisante grâce à ses acteurs (Saoirse Ronan est très...

The Plague

The Plague

4

Marlon_B

le 12 févr. 2026

Suivre

Un mal désincarné

Film parabole sur le mal-être des garçons adolescents, The Plague parvient à déconstruire avec justesse les mécanismes de harcèlement, de domination et de discrimination dans un cadre froid, presque...