"Plein soleil" est l'adaptation en 1960 du roman "Monsieur Ripley" (1955) de Patricia Highsmith.
Dans les années 1980, j'avais eu toute une période de lecture de cette auteure dont j'appréciais les romans oppressants et/ou cyniques, non dépourvus d'humour caustique. J'avais dû lire une bonne quinzaine de romans. En particulier, la série des "Ripley" qui mettait en scène un jeune, intelligent mais pauvre Tom Ripley qui avait un don certain pour bien mener sa barque avec le cynisme et l'audace qu'il fallait. De roman en roman, on pouvait apprécier sa réussite sociale et financière (avec quelques contreparties, toutefois, sinon ça n'aurait pas été rigolo)
Justement, si j'avais à comparer le roman initial et le film de René Clément, je dirais deux choses. La première est que le héros Tom Ripley a tout pour ne pas paraître sympathique au spectateur et pourtant, que ce soit Highsmith ou Clément, le héros développe une espèce de capital sympathie qui fait qu'on l'aime bien, Tom et qu'on en devient solidaire au point de se réjouir lorsque ses manigances réussissent. Je pense que la raison est simple, c'est parce que les autres protagonistes paraissent encore moins sympathiques ou plus pourris. La deuxième chose a constitué une petite déception pour moi lors du visionnage du film de René Clément, c'est que "Plein Soleil" est au final un film beaucoup plus moral, plus lisse que n'est le roman. Et c'est peut-être un peu dommage car on en perd le caractère mordant et si spécial.
La distribution des rôles n'est pas mal du tout.
Le personnage de Tom est interprété par un tout jeune Alain Delon qui n'avait jusqu'alors joué que de petits rôles. Son talent est déjà sûr et correspond bien au titre original du roman (the talented …). Tout est déjà là dans ce personnage froid, en particulier son sourire carnassier à moins que ce soit un sourire enjôleur … La scène où il "emprunte" puis, rend les habits de son seigneur et maître est remarquable dans son aspect fantasmé puis dans son humiliante soumission…
Maurice Ronet dans le rôle de Philippe Greenleaf, parait peut-être moins à l'aise mais montre un personnage plus ambigu. Le mépris de sa classe et de son fric, éclate face à un Tom qu'il sait pauvre mais qu'il sent plus intelligent que lui.
Marie Laforêt, elle aussi dans un de ses tous premiers rôles au cinéma, est Marge, la fiancée ou maîtresse de Philippe, férue de Fra Angelico. Je lui ai trouvé une belle présence sur scène mais ne suis peut-être pas complètement objectif car c'est quelqu'un que j'aime bien croiser dans un film … Ses yeux, oui, aussi, sont pas mal …
Ah oui, j'ai lu l'opinion a posteriori de Marie Laforêt sur ses deux acolytes pendant le tournage : "Alain Delon et Maurice Ronet étaient si prétentieux, si méprisants : deux trous du cul !"
Oui, je confirme, on peut aussi dire ça comme ça …