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Lune ou l'autre
Y a rien à défendre là dedans, c'est juste mauvais, qu'est-ce que tu veux dire de plus ? Les personnages sont chiants, le gosse horripilant se disputant la vedette avec le...
le 21 mars 2014
- Qu'est-ce qui te fait rire ? Il se change en loup, c'est pas drôle.
- Excuse moi, Brett. C'est le coup de la pleine lune. Au cinéma, le gars devient loup-garou uniquement au moment de la pleine lune.
- Bein, c'est comme ça que ça se passe. C'est toujours à l'époque de la pleine lune qu'il devient loup-garou. N'importe qui te le dira.
- Mais pourquoi seulement à la pleine lune ? Ça peut être n'importe quand.
- C'est parce que c'est comme ça avec les loups-garous, et c'est tout. Et il faut l'abattre avec une balle de carabine en argent.
- Je parie qu'avec un fusil de chasse on arriverait au même résultat.
- Tu connais vraiment rien à propos des loups-garous, toi.
- Je sais qu'on devient loup-garou quand il y en a un qui nous mord. Mais l'histoire de la pleine lune… Il y a peut-être différents sortes de loup-garou mais d'après mon expérience n'importe quelle lune ferait l'affaire. Même une nuit sans lune.
- Tu en as quand même pas vu, des loups-garous ?
- Il m'est arrivé d'en rencontrer dans mon jeune temps, oui. Pas toi ?
- Chari pas. Tout le monde sait que les loups-garous ça n'existent pas, voyons.
Dès les premières minutes, Pleine Lune nous assène une entrée en matière à la fois brutale et déconcertante. Un couple en exploration au cœur d'une jungle Amazonienne, se retrouve confronté à une créature que l’on n’attendrait pas sous ces latitudes, avec un loup-garou féroce jaillissant de la moiteur tropicale. Voilà qui déroute, car dans l’imaginaire collectif, la bête hurlante se tapit plutôt dans les landes brumeuses, les montagnes enneigées ou les forêts européennes. Mais ici, l’animal surgit au milieu d’une jungle écrasée de chaleur. Un cadre bien plus propice à des fauves fantastiques, des monstres reptiliens ou à des entités chamaniques. Et pourtant, c’est bien un loup-garou qui fond sur sa proie, au moment le plus inattendu, tandis qu'un couple enfermé dans une tente s’adonne à des ébats sexuels très sulfureux. Et le contraste prête à sourire, puisque dehors les chevaux s’affolent et hennissent de terreur, tandis qu'un homme hurle avant de se faire déchiqueter dans les rugissements bestiaux de la créature, et tout ça, à quelques mètres seulement de la tente de nos deux amoureux, qui malgré tout poursuivent leur frénésie charnelle comme si le monde extérieur s’était volatilisé. Deux hypothèses me viennent alors à l’esprit : soit cette tente est faite d’un tissu miraculeux capable d’étouffer tous les sons, même les plus stridents ; soit, hypothèse bien plus probable, la passion fut si dévorante et si viscéralement animale, qu’elle a réduit la faculté auditive du couple. Quand on dit qu'il faut sortir couvert, on ne parle pas des oreilles ! Quoi qu’il en soit, cela n’a pas épargné le couple, puisque la femme se retrouve violemment attaquée et dévorée, tandis que son compagnon, blessé par la créature, parvient à récupérer un fusil pour riposter et abattre le monstre. Un loup-garou en pleine ascension de sa cruauté mort, au détriment d'un prédateur fraîchement né.
Après cette ouverture aussi sulfureuse qu’inattendue, le récit nous entraîne de l’autre côté du continent, dans l’Oregon, à Timberline. Nous faisons alors la connaissance d’une petite cellule familiale composée de Janet (Mariel Hemingway), mère célibataire, de son fils Brett (Mason Gamble) et de leur fidèle berger allemand, Tonnerre. L’attachement est immédiat, car le film prend soin de les introduire dans une séquence à la fois vive et révélatrice avec un escroc tentant de soutirer de l’argent en accusant le chien d’agression, mais se heurtant rapidement au tempérament combatif de Janet, avocate pugnace et femme de caractère. En quelques minutes, le film pose une dynamique claire, celle d’une famille soudée, chaleureuse et attachante, qui se distingue par sa force tranquille. C’est alors que surgit l’élément perturbateur avec Ted (Michael Paré), le frère adoré que Janet n’a pas revu depuis longtemps, et qui refait surface. Aussitôt, nous reconnaissons derrière ce retour familier l’ombre menaçante de l’inconnu de la tente, désormais porteur de la malédiction lycanthrope. Un contraste propice à une bonne tension. Le fait que Ted installe sa caravane juste derrière la maison de sa sœur amplifie cette tension dramatique car l’ennemi ne se cache plus dans les forêts ou les ténèbres, mais s’installe au cœur même de l’espace domestique, menaçant l’équilibre fragile de la famille.
Réalisé et écrit par Eric Red, Pleine Lune s’inspire librement du roman de Wayne Smith pour livrer un film de loup-garou étonnamment solide, qui ne sombre jamais dans la caricature et parvient à maintenir une ligne claire jusqu’au dénouement final. Ce qui fait sa force, c’est avant tout l’originalité de son scénario, qui déplace le conflit habituel de la chasse de l’homme par la bête vers un terrain inattendu avec l’affrontement psychologique, puis physique, entre un loup-garou et un chien de famille. Tonnerre, le berger allemand, perçoit immédiatement que Ted représente un danger, et le film se construit alors autour d’un duel de dominance entre deux figures d’« alpha », l’un humain corrompu par la malédiction du loup-garou, l’autre fidèle animal domestique meilleur ami de l'homme. Ce jeu de territoires et de regards aurait pu prêter à sourire, mais au contraire, la mise en scène installe une tension dramatique constante qui rend ce face-à-face captivant. La malédiction est ici traitée avec une intensité particulière. Plus question d’attendre la pleine lune, car il suffit que la nuit tombe pour que Ted se métamorphose en monstre sans pitié. Un détail qui renforce le sentiment d’inéluctabilité, et qui confère à la lycanthropie une dimension encore plus implacable que dans d’autres récits. Toutefois, le titre du film "Pleine Lune" devient dès lors curieux. On assiste à la lente dérive de Ted, qui, même sous forme humaine, laisse poindre les instincts du prédateur. Sa lutte intérieure est poignante car il cherche désespérément à préserver une part d’humanité et tente même de prévenir sa sœur du danger, mais le poids de la malédiction l’écrase. Rien n’y fait, comme toute véritable damnation, elle ne peut être conjurée.
Sur le plan visuel, le loup-garou s’avère être une réussite. Conçu à la fois par un travail de costume et d’animatronique, il parvient à offrir un prédateur crédible. Toutefois, gros bémol autour de la transformation qui est une catastrophe visuelle, et incompréhensible au vu de la qualité de tout le reste. Les attaques surprennent par leur intensité avec une caméra qui ne détourne jamais le regard, s’attardant sur la chair arrachée et les cadavres éventrés. Une violence qui assume pleinement sa dimension horrifique, malgré son postulat familial. Les affrontements entre le loup-garou et Tonnerre sont filmés avec une brutalité sans fard. Chaque morsure respire une violence primaire qui rend ces séquences intenses et éprouvantes. Michael Paré se montre particulièrement convaincant, parvenant à incarner à la fois l’homme brisé par sa malédiction et le prédateur implacable qu’il devient malgré lui. Face à lui, Mariel Hemingway apporte une solidité émotionnelle à son rôle de mère déterminée, tandis que le jeune Mason Gamble offre à Brett un regard innocent, mais non désuet, qui contraste avec la noirceur ambiante. Mais s’il fallait retenir un véritable héros, c’est sans aucun doute Tonnerre qui décrocherait la palme. Le berger allemand ne se contente pas d’être un compagnon fidèle et devient le cœur battant du récit. Son protagoniste principal. C’est à travers lui que se joue l’essentiel du drame, et son combat acharné pour protéger sa famille envers et contre tout est touchant. La simplicité du parti pris de faire d’un chien le porteur principal de l’intrigue d'un film d'horreur contre un loup-garou se révèle d’une efficacité redoutable, et confère au film une identité tout à fait singulière dans le paysage du cinéma de ce genre. Impossible de ne pas évoquer la scène déchirante où Tonnerre est conduit à la fourrière pour y être piqué. Un moment qui a serré mon petit cœur mais ancré durablement le film dans ma mémoire.
A noter qu'il y a dans le film un petit clin d'œil sympathique au film Le Monstre de Londres réalisé par Stuart Walker. Enfin, la composition musicale de Daniel Licht est juste excellente ! Les tonalités proposées sont sombre et tendue, offrant des ambiances lourdes, mystérieuses, et oppressantes qui renforcent la tension psychologique et le côté épouvante et horreur de ce film de loup-garou. Je vous motive à écouter cette composition musicale pour ce compositeur talentueux connu pour son travail musical autour de la série Dexter, et qui est mort le 2 août 2017.
Pleine Lune réalisé par Eric Red s’impose comme une série B qui dépasse largement son statut en osant un parti pris audacieux en faisant d’un chien le véritable héros d’un récit de lycanthropie. Tonnerre est génial ! Porté par une tension constante, des effets pratiques convaincants, une technicité efficace (malgré quelques couacs) et une violence frontale malgré son contraste familial, ce film est à ne pas en douter une pièce d'horreur originale. Derrière son apparente simplicité se cache une œuvre efficace qui rappelle que parfois l’humanité la plus pure peut se nicher dans le regard d’un animal.
Un film de loup-garou original !
- Que s'est-il passé hier soir ?
- Je ne sais pas. Tonnerre a cru entendre quelque chose dans les bois et a fait tout un raffut. Tu es peinard dans ton camping-car. Bref, je l'ai laissé sortir. Il est parti dans le bois et n'est pas revenu. Je l'ai appelé avec le sifflet mais il n'arrêtait pas d'aboyer.
- Et… Qu'est-ce qu'il a trouvé ?
- Rien. C'était quoi, à ton avis ?
- Aucune idée. Je ne m'inquiète pas. Il aboie pour un rien.
- Je ne suis pas sûr, Janet. Les grands prédateurs peuvent parfois couvrir beaucoup de kilomètres. Il ne s'est peut-être rien passé de grave récemment, mais ça pourrait changer. A ta place, je ne laisserais pas Brett jouer dehors jusqu'à ce que…
- Jusqu'à ce que quoi ?
- On ignorait qu'il y avait des loups là-haut. Regarde ce qui s'est passé.
- Ils ont dit que c'était un grizzli.
- Des loups, des grizzlis, c'est pareil ! Il faut que tu fasses attention. Suis l'instinct de Tonnerre, et ne le laisse pas jouer dehors.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Classement du meilleur au pire des films d'horreur dont j'ai fait une critique
Créée
le 30 août 2025
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