C'est l'histoire édifiante d'une escroquerie dans le milieu de la boxe, une arnaque à laquelle Eddie Willis (Humphrey Bogart dans son dernier rôle, snif), journaliste sportif sans emploi, prête son concours, se vend plutôt. Ou comment créer de toutes pièces, avec un doux géant, un pseudo champion de boxe.
De manipulations médiatiques en combats truqués, le promoteur véreux Rod Steiger parviendra-t-il à mener son exotique poulain El Toro, complètement dépourvu de talent pugilistique, au sommet ?
Mark Robson décrit par le menu le mécanisme classique de l'escroquerie dans ce milieu malfamé qu'est (ou était ?) celui de la boxe. Et on voit rapidement que son sujet dépasse le cadre de l'anecdote. Le film est une démonstration, parfois sur le ton du pamphlet, des mœurs de la boxe, un sport visiblement encombré de crapules et de managers sans vergogne, où l'argent-roi coule à flot sauf dans les poches des boxeurs, que le cinéaste présente comme des pauvres bougres envoyés au casse-pipe. On le croit volontiers.
Dans ces conditions, ce film noir n'est pas sans considérations morales, notamment concernant Eddie, dont le cynisme et la cupidité indignent progressivement sa conscience. Bogart assure ; il est parfois affublé d'une épouse, le rôle féminin du film, qui est artificiel et vain.