La façon qu’à Police Flash 80, dès son titre et le générique d’ouverture énumérant différents artefacts, de sursignifier la culture populaire des années 80 amplifie et désamorce la notion de reconstitution historique au profit de la caricature, dans laquelle sont croquées les outrances d’alors et les conséquences aujourd’hui visibles. Film éminemment politique, attaché au déboulonnage des statues érigées du vivant d’individus considérés comme des saints pour une communauté sur laquelle s’exerce emprise et manœuvres souterraines, il conçoit son récit de désapprentissage – apprendre à se défaire de l’illusion que les personnes sont ce qu’on dit d’elles – tel un choc générationnel et genré où chacun des policiers se met dans la peau d’un autre, en témoigne le goût de Roberto pour le déguisement.
Ce jeu de rôles, des plus théâtraux, permet une distanciation (d’ordre philosophique) et un réservoir de créativité (d’ordre générique) : le burlesque devient une enquête sur soi par le truchement d’autrui, une investigation par laquelle se raccorder à soi de la même façon que le camion de filature révèle le mot « flic » quand la porte latérale, ouverte, cache les autres lettres d’un nom bidon. Dès lors, les années 80 constituent elles aussi la distanciation des années 2020, un transfert de leurs préoccupations et obsessions parmi les chansons pop et les papiers peints à motifs.
Jean-Baptiste Saurel sonde la genèse de la délinquance contemporaine avec une remarquable acuité et une maîtrise de la dynamique comique, tant visuel que verbal ; il signe une comédie populaire intelligente dont la mise en scène imite les tropes de réalisation des polars des années 80. Un régal.