Avec Ponyo, Hayao Miyazaki délaisse les labyrinthes narratifs de ses films précédents pour retrouver l’évidence d’un conte qui respire hors de l'eau. Ici, une petite créature mi-poisson mi-déesse rencontre un enfant, Sôsuke, et décide qu’elle veut devenir humaine. Inspiré de loin par The Little Mermaid, le film ne cherche pas à s’élever ni à fuir sa nature, elle veut simplement vivre auprès de l’enfant qu’elle aime. Autour de ce désir minuscule, Miyazaki met le monde en mouvement. L’océan devient alors le véritable protagoniste d’où surgissent vagues, créatures et réminiscences du vivant.
Lorsque Ponyo bouleverse l’équilibre marin, les vagues se soulèvent, la mer envahit la ville, des créatures préhistoriques émergent des profondeurs. La catastrophe prend la forme d’un poème visuel : des vagues-poissons galopent à la surface de l’eau, comme si la nature rappelait sa puissance sans jamais devenir ennemie. Face à cette démesure océanique apparaît Fujimoto, le père de Ponyo. Ancien humain devenu gardien des mers dont l'obsession du contrôle le rend presque aussi inquiétant que ce qu’il combat. Le film suggère que la volonté de maîtriser la nature peut devenir une nouvelle forme de déséquilibre.
Le langage visuel constitue l’un des exploits techniques de Miyazaki. Les vagues ne sont pas réalistes au sens strict ; elles possèdent une texture presque calligraphique. Les mouvements marins ressemblent à des traits de pinceau en perpétuelle transformation. Dans cet univers mouvant, Sosuke représente une forme d’ancrage moral. Contrairement aux adultes, il n’éprouve aucune peur face à Ponyo.
Lorsque la mer se retire et que le monde retrouve son calme, rien n’est véritablement revenu à l’état initial. Ponyo existe désormais entre deux formes de vie. Et Miyazaki, fidèle à son humour, semble nous glisser une idée : si l’humanité doit un jour apprendre à cohabiter avec les forces du monde, il serait peut-être judicieux de commencer par écouter les enfants… et les poissons.