Ce qui était à deux doigts d'émerger dans Lumière Silencieuse mais qui parvenait encore à tenir, à savoir l'annulation quasi-totale de la narration, qu'elle soit classique ou plus abstraite, mais surtout un basculement dans la pose, Reygadas n'y échappe pas ici.
Post Tenabras Lux ne raconte rien, ou si peu. En gros l'histoire d'une famille mexicaine qui s'installe au bord de la forêt. On sait que le père aime sa femme et ses enfants, mais parfois il a des crises de folie ou de violence. Alors il frappe ses chiens. Mais il les aime eux-aussi. Les enfants se baladent dans les prés, au milieu des chiens et des vaches. Au début on croit que ces séquences sont rêvées car Reygadas les entourent d'un cadre dans le cadre (au format 1,66 le cadre, histoire de bien cadrer). Un espace de halo flou qui mange une partie de l'image, créant parfois des effets visuels de décalage rigolos. On se dit alors que c'est un pur effet de mise en scène, le genre c'est un rêve, un fantasme, donc les abords sont flous, le centre est lumineux et déformé (les enfants qui jouent), les abords sont mal définis (le mystère, les ténèbres). Des ténèbres qui engloutiraient petit à petit la lumière venant du centre quoi. Admettons. Le problème c'est qu'en fait l'intégralité du film possède ce halo (à part 2,3 scènes dans lesquelles il a du l'oublier car il n'y a pas de raisons pour qu'elles n'y aient pas droit elles-aussi). Et du coup, et peu importe l'intelligence du discours lié à ça, ce n'est plus un procédé de mise en scène, c'est juste un tic esthétique qui ne sert à rien.
Il n'y a plus de narration comme je le disais, par contre il reste des visions. Effectivement ces visions elles restent, car elles sont toutes régies par une volonté de provocation, esthétique ou morale. Du coup oui on s'en souvient. Mais dans quel but ? Ainsi, au sein de cette histoire familiale sans queue ni tête, et qui se déroule au présent et en flash backs, Reygadas insère des plans plus ou moins en rapport. Un homme qui coupe un tronc d'arbre. Le tronc est énorme, il commence à l'attaquer avec sa scie bruyante et on à un peu peur qu'en bon petit malin Reygadas laisse le plan se terminer jusqu'au bout, ce qui n'aurait aucun intérêt. Mais il quand même a la décence de couper avant. Après il y a le contre champ, à savoir l'arbre immense qui s'effondre dans la forêt. Alors bien sûr c'est très beau, c'est sensoriel, mais c'est vain ou alors placé sous le signe d'un symbolisme de bac à sable. Et puis il y a ces plans vraiment étonnants. Un espèce de faune rouge pétant portant une mallette (le diable sans doute), en images de synthèse, qui rentre dans la maison de la famille et arpente les différentes pièces, et voilà. Plan qui reviendra à l'identique une deuxième fois. Là encore évidemment ça interpelle, ça marque, car ça brise le « récit » et ce n'est pas banal. Mais pourquoi faire ? Reygadas semble vouloir allier Tarkovski à Weerasethakul en oubliant sur quoi sont réellement ancrées la fascination et la force de ces deux types de cinéma. Ca a dû lui plaire les singes-fantômes aux yeux rouges d'Oncle Boonmee. Il a sans doute voulu faire mieux et plus.
Il y a aussi une scène dans un club échangiste, en France ( ????), durant laquelle le mari fait tourner sa femme. Bien bien. Bien sûr il faut que ce soit glauque, baigné dans une lumière rouge à la Noé et il faut s'attarder comme un bon voyeuriste. On comprend que ces gens-là sont riches, qu'ils voyagent (aller jusqu'en France pour voir sa femme se faire baiser il faut être riche et aimer l'avion, ou les français) et qu'ils ont des meurs sexuelles assez libres. Ok, c'est bien. C'est les ténèbres c'est ça ? je n'ai pas compris.
Et enfin il faut un truc bien choc bien trash bien WTF pour conclure l'ensemble. Le père regarde une montagne, avant de s'arracher la tête avec ses petites mains.
Ah oui ! J'oubliais presque le final. Reygadas se fait plaisir, il filme un match de rugby sous la pluie.

Bref, comme je le disais, c'est du grand n'importe quoi. Mais c'est également fascinant !
On peut regretter que le talent de mise en scène de Reygadas (qu'il possède néanmoins) ne soit pas mis au service de mieux. J'ai envie de croire que c'est une erreur, une tentative arty prétentieuse et ratée. J'espère et j'attends la suite.
Teklow13
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le 1 juin 2012

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