Au vu du gros gloubiboulga qu'est devenu la saga, je me demande ce que McTiernan doit penser de la pérennité de son film. C'est quand même intéressant de voir un film profondément antimilitariste et en même temps survivaliste au sens noble du terme être à ce point perverti par les producteurs. John McTiernan, plus que Zack Snyder ou Terry Gilliam, est probablement l'incarnation de l'artiste dont les œuvres sont vidées de leur essence et de leur fond politique. Entre le treizième guerrier, Roller Ball ou les suites de Die Hard, on est en droit de se sentir atterré par la méthode qui consiste à manipuler un réalisateur, à saloper son travail à son insu.
Car n'en déplaise à tous ceux qui s'échinent à vider la saga de sa dimension "reaganienne" (sous entendu qu'elle serait problématique), Predator est un film profondément humaniste.
Un film qui interroge la suffisance des USA à intervenir partout où ils veulent. Un film qui critique notre arrogance et révèle notre insignifiance par rapport à la vie sauvage. Un film qui se veut jusqu'au boutiste et sans pitié pour ses bidasses. Un film où le regard humain est subverti par celui de l'extraterrestre du titre, dont la caméra épouse le regard et suit les déplacements comme une sorte de divinité omnisciente.
Une force tranquille, inarrêtable … Jusqu'à ce qu'il se confronte au vrai chasseur n°1! Au seul et unique Schwarzenegger qui aura le privilège de lui faire enlever le masque, révélant un monstre de chair et de sang. Une créature dont le design marquera les esprits au point de devenir iconique.
Ainsi, nul ne pourra reproduire cet éclair de génie, ce monument de la SF, de l'horreur et de l'action à la fois. Tel un diamant brut légué au cinéma de genre, qu'on peut tout juste effleurer mais jamais détrôner.