On pourrait facilement réduire Predator à un simple film d'action bodybuildé typique des années 80. Ce serait pourtant passer complètement à côté de ce qui en fait un chef-d'œuvre. Car derrière ses fusillades, ses explosions et son déluge de testostérone se cache une mise en scène d'une intelligence remarquable, signée John McTiernan.
Dès la descente de l'hélicoptère, quelques plans suffisent à définir la personnalité de chaque membre du commando. Puis vient cette mission qui nous présente ces soldats comme des machines de guerre quasiment invincibles. McTiernan prend le temps de construire ce sentiment de supériorité... uniquement pour le pulvériser quelques minutes plus tard. Car une fois la chasse véritablement lancée, ces prédateurs deviennent à leur tour des proies.
La jungle est l'autre immense réussite du film. Rarement un décor aussi ouvert aura donné une telle impression d'étouffement. On ressent presque la chaleur humide, la végétation semble se refermer sur les personnages et chaque arbre peut dissimuler une menace. McTiernan transforme ce qui devrait être un immense terrain de jeu en un véritable huis clos à ciel ouvert, où la tension grimpe sans jamais retomber.
Son plus grand tour de force reste sans doute sa narration visuelle. Pendant une bonne partie du film, le Predator demeure invisible. Puis, dans son dernier acte, les dialogues deviennent presque secondaires. Tout passe par les regards, les déplacements, les pièges improvisés avec les moyens du bord, les silences et le langage des images. Sans jamais prendre le spectateur par la main, McTiernan raconte absolument tout. Une démonstration de cinéma dans ce qu'il a de plus pur.
Impossible également de ne pas saluer le travail monumental de Stan Winston, dont le redesign du Predator est devenu l'un des plus iconiques de l'histoire du cinéma, ainsi que la présence physique exceptionnelle de Kevin Peter Hall, qui confère à la créature un charisme presque animal. Difficile d'imaginer aujourd'hui qu'une première version, incarnée par Jean-Claude Van Damme, existait avant cette refonte décisive. Le film y a très probablement gagné son immortalité, car l'ancien design aurait surement envoyé le film dans les trés-fond de la serie B.
Ajoutez à cela les effets spéciaux toujours bluffants, des scènes devenues légendaires comme le ratissage frénétique de la jungle après la mort de Blain ( CONTAAACT ! ), le duel final où Dutch revient à une forme de chasse primitive face à un Predator qui respecte suffisamment son adversaire pour abandonner une partie de son arsenal, ou encore la musique inoubliable d'Alan Silvestri, que je prends toujours autant de plaisir à écouter en dehors du film, et l'on obtient une œuvre qui dépasse très largement son statut de blockbuster d'action.
Le dernier regard de Dutch dans l'hélicoptère résume d'ailleurs parfaitement le film. Il a survécu, mais il n'a rien d'un héros triomphant. Il est vidé, marqué, traumatisé. Une conclusion sobre, intelligente et profondément humaine après une chasse dont personne ne sort véritablement indemne.
Note: 9,8
Un monument du cinéma d'action, mais aussi une immense leçon de mise en scène. Derrière ses muscles, son gore et ses explosions se cache une œuvre d'une précision redoutable, qui prouve qu'un film peut être spectaculaire tout en étant d'une incroyable intelligence visuelle. Plus qu'un classique des années 80, Predator est tout simplement l'un des plus grands films d'action jamais réalisés, encore capable une quarataine d'années plus tard de donner des leçons de mise en scéne à la plupart des blockbusters actuels .