Je déclare l’audience du Comité de Lutte contre les Bouses Cinématographiques (C.L.B.C.) ouverte !
Affaire opposant le spectateur D. Styx à l’équipe du film Predator Wastelands.
Dossier n° PURGE-XXL-089-A
- La parole est à l’accusation, Monsieur Styx, c’est à vous.
- Merci votre Honneur ! J’ai lancé le visionnage du film en toute bonne foi, attiré par la durée réduite d’1h15 et l’espoir d’un honnête divertissement de science-fiction. Je ne suis pas particulièrement féru de la saga Predator, mais j’ai un sondage SC à compléter : je n’ai pas encore atteint les 10 réponses concernant la licence !
Mais voilà, ce Wastelands n’est pas du tout un film « officiel » de la saga Predator. L’affiche et le titre sont trompeurs ! Voire totalement mensongers ! Nous sommes face à un long métrage de série Z, un genre de fan-film sans âme où rien ne va : ni la mise en scène, ni les dialogues insipides, ni les décors atrocement cheap, ni le jeu d’acteur surjoué, ni le scénario bidon, ni les quelques CGI tous pourris. Une authentique bouse, qui n’est même pas assez drôle pour être nanardesque !
- Monsieur le réalisateur Ryan Ebert, qu’avez-vous à répondre à cela ?
- Notre ambition était de proposer un film à grand spectacle – une fresque épique –, d’imaginer une Terre postapocalyptique où la population serait sous le joug d’un tyran charismatique régnant par la terreur. Dans un paysage désertique, les habitants seraient secourus par le guerrier ultime venu de l’espace, le Predator ! L’objectif était de s’inscrire dans la lignée de Mad Max Fury Road et des Dune de Villeneu…
- Monsieur Ebert, nous vous rappelons que vous parlez sous le sceau du serment : vous avez juré de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité !
- Pardon votre Honneur… Nous savions en effet que nous n’étions pas en train de faire du grand cinéma. Avec mon producteur David Michael Latt, nous nous sommes spécialisés dans les films low costs, nous avons fait ensemble toutes mes réalisations, du film catastrophe Apocalypse of Ice en 2021 au film d’horreur Summerween le mois dernier, en passant par des nanars de requins comme Shark Side of the Moon, Meg Rising 2 ou Shark Warning. Il faut croire que la licence Predator n’était pas sous copyright et que n’importe qui peut pomper pour proposer son film sous le label !
- Nous appelons maintenant à la barre votre producteur M. Latt, de la société The Asylum.
- Votre Honneur, David Michael Latt est indisponible, il est en vacances aux Bahamas…
- Bon, écoutons alors ce qu’ont à dire les acteurs, David Chokachi, Amulya Ananth, Jeremiah A. Walker : comment s’est passé le tournage ?
- Vous savez, nous, on était surtout là pour s’amurer entre potes. On nous avait promis pas plus d’une prise par plan, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Il fallait enchaîner pour terminer la journée avant l’heure de l’apéro. Tout est allé très vite, peu de figurants à gérer (les quelques plans d’armée ont été fait à la va-vite en IA, c’était plus simple), le tournage a été bouclé en 6 jours. Un record ! On ne nous a pas spécialement demandé de bien jouer : pas de pression de ce côté-là. Nous, on était surtout là pour ajouter une ligne sur notre CV et toucher le chèque de fin de tournage !
- Que pensez-vous du film ?
- On ne l’a pas vu, il faudrait être fou pour s’infliger pas une chose pareille !
- Merci pour ces réponses, très éclairant ! J’appelle désormais à la barre le diffuseur du film, le représentant d’Amazon Prime.
- Votre Honneur, en préambule, je souhaite rappeler que nous avons vocation à proposer sur notre plateforme le choix le plus large possible de contenus. C’est bien pour ça qu’on intègre toutes les chaines gratuites comme M6+ ou FranceTV, et que les ¾ de notre catalogue provient en réalité d’autres plateformes comme Paramount+ ou HBO Max auxquels nos abonnés doivent encore payer pour y avoir accès. Ça fait genre, on a beaucoup de contenus, alors qu’en réalité pas tellement.
Pour ce qui est de Predator Wastelands, c’est typiquement le produit qui fait un tabac chez nos consommateurs. D’ailleurs, le contenu est actuellement dans le Top 10 de notre plateforme ! C’est un franc succès !
- Pouvez-vous nous indiquer le taux de complétion du film ? Quel est le pourcentage d’utilisateurs qui arrive au bout du long métrage ?
- Ces chiffres sont tenus secrets, mais je vous assure que ce pourcentage de consommateurs est proche de zéro.
- Vous parlez de contenus, de produits, de consommateurs. Et le cinéma dans tout ça ?
- Le quoi ?
- Le Septième Art !
- Ah, ça ! Oh vous savez, avec le niveau intellectuel de nos clients, nos contenus sont destinés à être un fond sonore qu’on suit d’une oreille, les yeux rivés sur son téléphone. C’est bien pour ça qu’il nous faut des intrigues pas trop complexes, et qu’on demande aux scénaristes de répéter les éléments de l'histoire 3 ou 4 fois dans les dialogues. Si on était là pour remporter des Oscars, ça se saurait !
- D. Styx, vous voulez intervenir ?
- Vous avez quand même remporté l’Oscar du Meilleur scénario original pour American Fiction il y a deux ans – une daube abyssale d’ailleurs si vous voulez mon avis.
- Ah, j’ignorais. Au temps pour moi.
- Bien, Messieurs-Dames les jurés, avez-vous rendu votre verdict ?
- En effet votre Honneur ! Nous confirmons l’appellation de « Bouse » et l’utilisation fallacieuse du personnage de Predator. Nous recommandons d’interdire à Monsieur Ryan Ebert de toucher à une caméra à l'avenir, et sommons Amazon Prime de relever le niveau de son catalogue, en intégrant par exemple les 4000 films du studio MGM que la firme de Jeff Bezos a acheté fin mai 2021 pour la modique somme de 8,5 milliards de dollars ! Il serait temps de les rendre disponibles !