La mode est aux films de science-fiction qui traitent du fonctionnement de l’intime humain. Arrival est l’un de ces films. Ex Machina, que je viens de visionner, en est un autre.
Car en effet, la science-fiction n’est pas le thème central selon moi dans Arrival. Le sujet du film n’est pas tant la rencontre d’extraterrestres heptapodes qui nous apprennent à utiliser la variable « temps » et nous mettent face au dilemme de la finitude de notre existence et de la responsabilité de nos choix en connaissant à l’avance l’étendue de leurs conséquences dans un espace-temps non linéaire.
Le sujet du film est plutôt la limite perceptive de notre cerveau, la difficulté à conceptualiser ne fut-ce que la 4ème dimension et à fortiori tout ce qui sort de la perception humaine terrestre.
Le sujet du film porte davantage également sur le langage comme déterminant de la façon de penser. Cette limite perceptive est en réalité bien connue des scientifiques, les Inuits ont ainsi une richesse de vocabulaire pour désigner 50 états de neige quand la plupart des autres cultures se contentent d’un seul mot. La richesse ou pauvreté descriptive est héritière de centaines d’années voire milliers d’années d’histoire linguistique en lien avec un territoire et des modes de vie.
Une volonté de communiquer avec une espèce extérieure à toute forme de vie terrestre constituerait un problème majeur à ce niveau.
Enfin, plus que tout, cette limite perceptive se montre dans le film par la mise en évidence de la difficulté à communiquer entre les humains eux-mêmes et ce par l’intermédiaire du fonctionnement de la mémoire humaine, qui a tendance à cacher et revisiter ses souvenirs, spécifiquement face à la douleur. L’ensemble du film est ainsi une mise en abîme des effets de la propre histoire personnelle de la linguiste, c’est-à-dire la perte de son enfant par une maladie incurable et la perte de la relation qu’elle a avec son compagnon de ce fait-là. Compagnon qui réagit différemment qu’elle à la douleur car il forme une autre entité, a une autre histoire, un autre rôle dans le couple et un autre caractère. La scène la plus essentielle du film est peut-être le moment où la fille exprime que son père la regarde différemment désormais suite à la maladie, auquel la linguiste répond dans son flashback qu’elle a enfin compris pourquoi il agissait de cette façon.
A l’instar du film Interstellar, le film essaye de nous exprimer que l’émotionnel et l’empathie sont les socles de l’universalisme humain face aux faillites inextricables de la communication limitée des hommes. C’est l’empathie qui est l’universel, c’est ce qui permet à la linguiste de comprendre le père de sa fille et non pas le langage. Lui regarde les étoiles et n'arrive pas à lui exprimer comme il l'aime. On le sait pourtant, depuis longtemps.
La temporalité est constamment mise à l’arrière-plan dans le film comme l’est le retour d’un souvenir. S'intéresse-t-on aux moments précis auxquelles ont eu lieu les choses dans un souvenir ? Non, ce qui importe est le contenu de la remémoration plutôt que le temps précis de la remémoration. Cette remémoration est la voie du cerveau vers l'utilisation de l'empathie par l'homme.
Sans hasard aucun, c’est ce même aspect émotionnel qui permettra à la linguiste, plus tard (ou plus tôt ?), d’arrêter l’escalade d’un conflit guerrier en communiquant à un général chinois sur le pied de guerre les derniers mots de sa femme. Et c'est tout autant cette empathie qui est mise au premier plan lorsque la linguiste se retrouve nez à nez avec l'heptapode qui partage avec elle la souffrance de la maladie du second heptapode.


Les aliens, qu'on pourrait assimiler à la représentation symbolique des propres peurs et souffrances de la linguiste, lui auraient donné (rappelé ?) son arme proprement humaine via l'utilisation des souvenirs de sa fille : l’empathie. Utilise ton arme, lui disent-ils, pour que 3000 ans plus tard, l’humain soit en mesure de s'aider lui-même, pour que symboliquement il y ait suite à l'utilisation de l'empathie encore assez d’humains sur Terre pour aider qui que ce soit.


En cela, c’est un film plutôt intéressant du même ordre que le film psychologique Le Prestige qui nous donnait à voir que le spectateur préfère croire le prestidigitateur que décider de voir la vérité. Arrival est un film de science-fiction plutôt tiré par les cheveux et parfois pauvre via une lecture au premier degré. Il cache à mon sens une analyse du fonctionnement relationnel humain, de ses difficultés de communication, de ses indépassables défauts. Et de sa qualité universelle qu’est l’empathie qui se doit d’être redécouverte en permanence pour éviter à l’humain sa propre destruction.
En cela il est un film réussi. Tout en empathie/dans le pathos.

Quintus-Flavius
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le 8 févr. 2017

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Quintus Flavius

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