Drôle d'impression, pour ce Premier Contact. Pas que l'oeuvre soit mauvaise, au contraire même. Quant au réalisateur, je pense que rien ne peut lui être reproché.


Mais le début du métrage est très étrange. Comme figé et froid. Comme si ces premières minutes étaient le fruit d'un quelconque protocole scientifique que l'on répéterait en changeant une variable. Sans être lassant ni ennuyeux pourtant. Car Denis Villeneuve adapte finalement la forme qu'il utilise à son propos. Il nimbe ses extra-terrestres d'une brume perpétuelle, brouillant longtemps leur apparence faite de tentacules. L'asepsie scientifique continue quand sur la paillasse blanche se dessinent des anneaux d'encre évanescente. Privé de leur signification, le spectateur se sent comme les agents oranges, démuni, réduit à spéculer sur les ressorts de ce langage qui défie l'entendement humain et les intentions de ces êtres venus d'ailleurs, en situation de non-menace


Le film se fige alors, comme les vaisseaux aux allures de monolithe, flottant à quelques mètres seulement du sol. Jusqu'à ce qu'il s'emballe soudainement quand son scénario déconnecte du réseau les différentes équipes de scientifiques à travers le monde se penchant sur cette rencontre du troisième type. Alors que la communication avec les visiteurs se mettait en place, celle des nations, parallèlement, se brouille à l'aune de la méfiance, d'un climat de peur et de bellicisme. Par un seul mot. Un seul cercle. L'adieu au langage est consommé.


Et Premier Contact, par la suite, s'humanise. En isolant son personnage principal, Amy Adams, en la faisant évoluer dans un tunnel. Comme Villeneuve faisait évoluer dans le noir de Sicario son Emily Blunt. En étant ensuite plus explicite sur les traumas qui la hantent, malickiens dans leur représentation, et leurs connexions au récit principal. En lui appliquant de sentiment de communication difficile, constamment, par les silences d'Amy ou l'infinie tristesse qui inonde parfois ses grands yeux.


Premier Contact s'offre enfin totalement dans sa dernière ligne droite. Au prix, peut être, d'une légère précipitation dans sa résolution, qui pourra en déstabiliser certains. Mais c'est là que le spectateur, d'abord intrigué, qui a pu éprouver quelques difficultés à rentrer dans l'atmosphère du film, comprend qu'il a vécu quelque chose de fort. Que ce genre d'expérience cinématographique ne se présente pas tous les jours à lui, même si elle peut paraître inconfortable ou déstabilisante, dans un sentiment que l'on peine, que je peine, sur le coup, à décrire à la sortie de la salle.


Alors que j'écrivais les quelques lignes de ce modeste avis et alors que maintenant, vous arrivez à son terme, je vous avoue que mon coeur balance encore pour le choix de ma note. Entre un 7 et un 8. Entre un sentiment immédiat et la conscience que ce Premier Contact mérite amplement une seconde vision pour en savourer le parfum, comme celui d'une fleur maintenant totalement ouverte. Et de renouer avec sa puissance en territoire de science fiction.


Cette envie ne peut être pour moi qu'un bon signe.


Behind_the_Mask, seigneur des anneaux.

Behind_the_Mask
8
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Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les plus belles plumes au service de la critique et Une année au cinéma : 2016

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