Notes sur le film : Écrit par le romancier et scénariste britannique Graham Greene comme le film suivant de Carol Reed, Le Troisième Homme (1949), Première désillusion (1948) s’attarde sur la relation complexe entre le fils d’un ambassadeur et le majordome de son père. Cette relation étroite entre le jeune homme et l’adulte va faire plonger le premier dans l’univers complexe et plein de faux-semblants du second, en pleine relation extra-conjugale - avec Michèle Morgan. Ayant déjà connu l’injustice et la peur à cause de la compagne castratrice du majordome – pur archétype de la marâtre excellemment interprété par Sonia Dresdel -, le petit Philippe, qui sait utiliser la ruse et le mensonge à cause d’elle, découvre désormais la vérité et son corollaire dans le monde exclusif des adultes. Perdu, Philippe ne sait jamais quand utiliser le mensonge et avouer la vérité.
Cette incompréhension profonde des codes complexes des « grands » plonge l’enfant dans une perplexité handicapante, et le film dans un suspense autour d’une affaire criminelle qui, si elle avance et se résout de manière fondamentalement peu crédible, a le bon goût de faire progressivement monter l’appréhension du spectateur, grâce à une mise en scène du suspense très inspirée, parfois hitchcockienne, car passant avant tout par l’image et les mouvements de caméra. Première désillusion apparaît comme une brillante démonstration de la spécificité de deux univers qui se côtoient, sans que les adultes comprennent toujours l’intérêt de laisser les enfants à leur place : celle éloignée des enjeux sérieux du monde des grands.