Ma réaction à chaud une fois sorti de la projection de Présidents était une simple interrogation : quel est l'intérêt de ce long-métrage ? Quel est le but d'Anne Fontaine ? Je ne parviens pas à trouver de réponses.
Derrière son pitch et sa forme politique, Présidents ne raconte pas grand chose : derrière 2-3 vannes marrantes portées par un duo d'acteurs qui fonctionne plutôt bien, le film est pataud, mou, et le fond reste dans une morale bien pensante politique datée, avec un politiquement correct insupportable dans les 20 dernières minutes. Et je ne comprends toujours pas ce qu'a cherché à dire Anne Fontaine dans ce film. On a très franchement l'impression qu'elle mise sur le talent de ses comédiens pour espérer sortir une comédie trouant et mettant à jour l'absurdité politique française. Or, si les acteurs le jouent effectivement bien, il n'y a pas de fond politique. Entre 2-3 répliques piquantes balancées l'un à l'autre (Nicolas qui fait une vanne sur Ségolène Royal, François qui parle du budget douteux de Nicolas et sa campagne de 2007), tout est extrêmement superficiel. Pourquoi s'être inspiré de deux personnages politiques ancrés dans le réel (on parle de Macron, de Lepen, du Covid même) pour les traiter de manière aussi sympathique et aussi légère ? Quel est le but ? Je ne comprends pas.
Le film aurait pu être un récit cinglant sur l'absurdité politique, ce clivage gauche droite qui est épuisé, avec un pitch comme celui-ci. Mais la seule morale de fin restera dans le superflu, avec un Nicolas qui a changé car il est resté 2 semaines en Corrèze. Le message est d'une niaiserie sans aucun état d'âme, et sans aucune critique politique. C'est à la limite de la lâcheté.
Heureusement, Jean Dujardin et Grégoire Gadebois sont excellents, et rythment autant qu'ils peuvent leurs dialogues franchement pas terribles, avec un mimétisme qui, il faut le reconnaître, fait assez mouche. Leurs femmes interprétées par Doria Tilier (Nathalie) et Pascale Arbillot (Isabelle) jouent aussi très justement malgré la superficialité de leurs personnages. Et là encore quelque chose me gêne : le film a une volonté féministe mais est extrêmement maladroit.
Nathalie est pimbêche, vote à gauche sans savoir pourquoi, et ça n'est jamais approfondi. Isabelle est une femme qui a du caractère, et qui aime la proximité avec le peuple et les animaux (elle pourrait donc représenter le public, le peuple), mais elle est balayée d'un revers de main jusqu'à la fin, avec ce retournement de situation aussi subtile qu'un éléphant, pour nous éclater à la face une morale qui a 35 ans de retard.
Le film n'a pas de fond et n'a pas de message intéressant politiquement, ce qui le rend vidé de toute substance. Il se transforme en film à sketches moyens, qui n'a aucune intention de mise en scène. Dommage, car il y aurait pu avoir plus de choses à raconter avec une telle intrigue et surtout avec de telles personnalités hautement critiquables..