Comme l’art est une chose sérieuse, et que l’artiste qui s’empare d’un sujet le traite avec une hauteur de vue qui lui permet un recul, une critique, voire une dénonciation, on peut le tenir en haute estime et comprendre qu’il aborde toutes sortes de thématiques qui pourraient de prime abord sembler indignes.
A24, qui, en son temps, se distinguait comme un studio indépendant propulsant des films aux propositions nouvelles, voire clivantes, associé à Robert Pattinson, dont les choix stratégiques le font travailler avec de véritables auteurs pour faire oublier ses débuts, donnent donc quelques gages lorsqu’ils décident de traiter de l’émission To Catch a Predator, qui, au début des années 2000, attirait des pédophiles sur les réseaux pour les exposer aux caméras.
La faille est présente dès les fondations : traiter du voyeurisme le plus rance tout en braquant d’autres caméras sur le dispositif. Recul, critique, dénonciation, donc.
Le début du film, qui ne va évidemment pas s’embarrasser d’une dissection d’un mécanisme et d’une réflexion sur la naissance du show, procède exactement selon les règles actuelles d’écriture des plateformes : une séquence sensationnelle pour capturer l’attention du spectateur. On parlera après, hein. Nous voilà donc face à une émission en plein tournage, tension du direct, pédo va-t-il venir, cadre bien, attention prépare ton effet, ouh là quelle entrée du présentateur qu’on dirait un vampire, c’est fort, très fort, mais c’est immoral, comme l’est le gars devant les projecteurs.
Si on résume : les spectateurs du show, devant leur télé, avaient droit à une émotion fabriquée. Ceux devant le film ont double dose.
Le principe de Prime Time, c’est le mec qui t’expliquerait les risques de la caféine en te faisant sniffer de la coke « pour bien comprendre »
La musique constante, qui rappelle les premiers PT Anderson, voudrait nous offrir un ballet de décisionnaire survoltés à la Magnolia, dans un monde désillusionné qui brise les individus à la Boogie Nights. Le surjeu des comédiens ne suffit pas : il nous faudra des répliques pour stabiloter leur cynisme (on va battre Lost ! ce qui compte c’est l’audience ! Tout est affaire d’argent !), et une esthétique VHS dégueulasse, parce que c’est dans le passé, et la télé c’est dégueulasse, reprenant la déjà mauvaise idée de Stone dans Tueurs nés.
Bourré de tics visuels, caricatural, le film n’apporte strictement rien à son sujet, préférant au surplomb le plongeon dans la fange, et nous offrant, dit-on, un Pattinson au sommet, magnétique, qui pourrait prétendre à l’Oscar, autre concours de surenchère stérile en parfait accord avec ce produit indigeste.