Sacré film ! Je suis allé le voir en compagnie d'une amie et pendant toute la projection elle était tendue. A24 qui distribue le film a réussi une nouvelle fois son coup en proposant une plongée dans les tréfonds tordus de l'âme humaine.Faut dire que PRIMETIME (1ère production de Robert Pattinson) n'y va pas par le dos de la cuillère. Le film est un faux biopic sur Chris Hansen, le créateur et présentateur de l'émission To catch a predator qui piégeait de potentiel prédateur sexuel.
Son réalisateur Lance Oppenheim, dont c'est le 1er long-métrage de fiction, se refuse à y aller avec des pincettes. Et tout cela se voit dès la 1ère séquence du film où l'on plonge directement dans son ambiance : l'esthétique granuleux de la vidéo façon DV (et non HD), les couleurs saturées, l'interprétation complètement habitée de Robert Pattinson, le côté théâtral et voyeuriste, la crudité du message.
Lance Oppenheim mélange les genres. On peut passer de quelque chose de théâtral, très fermé, au thriller, à la farce grotesque, au film d'horreur et parfois tous les genres sont mélangés en une seule scène.
Le casting est quatre étoiles surtout le trio Robert Pattinson, Merritt Wever et Skyler Gisondo qui interprètent trois personnages diamétralement opposés. Chris Hansen est exubérant, théâtral, obsédé du contrôle, Andie Bender est la femme invisible, injustement ignorée et pourtant indispensable, et Dan Plumest l'Acteur, celui qui veut réussir, celui qui veut donner son sens au terme de la méthode, mais qui se fait bouffer par cette expérience. Robert Pattinson est sensationnel, capable d'être vulnérable, détestable, manipulateur et parfois sans crier gare être capable de cabotiner (dans le bon sens du terme) et de paraître grotesque.
PRIMETIME est un reflet avant tout de notre société et de ce que la télévision a de pire à nous offrir pas seulement à travers les personnes piégées, mais par les faiseurs derrières ces émissions, ils recherchent le sensationnel. Par moment PRIMETIME peut faire penser à NIGHT CALL avec Jake Gyllenhal où le spectacle morbide et jouissif passe avant la morale et les conséquences, sauf que Chris Hansen et son émission ont bien existé et qu'il s'agissait des prémices au déclin de l'humanité et à l'émergence du voyeurisme et du sensationnalisme.