Primetime multiplie jusqu’à l’outrance les effets de manche, revendique sa stylisation jusqu’à changer les personnages en des figures d’un musée de cire, plonge dans la télévision comme dans un palais des glaces forain où l’attraction initiale – entendue comme divertissement et comme attirance pour présentateurs, acteurs et spectateurs – dévoile les rouages du voyeurisme et de la violence recherchés pour eux-mêmes. En cela, l’écriture du récit mêle intelligemment deux intrigues, celle d’un showman soucieux d’imposer son émission comme la plus grande réussite de la télévision américaine et de s’imposer par elle, celle d’un petit comédien prêt à tout pour être connu et reconnu du grand public, à l’image de son modèle que l’on reconnaît en passager pourtant masqué d’un vol de ligne. À cette superposition d’intrigues répond une superposition de deux vices, tabous qui viennent briser la vitrine de l’american way of life : la pédophilie et l’adultère, les deux se confondant rapidement dans la sphère médiatique. Un plan résume parfaitement l’intention du réalisateur : nous passons des bureaux et studios d’enregistrement au salon de Chris Hansen où sont réunis un père et ses enfants exposés, par ses soins, aux programmes télévisés censés les protéger…
Les limites du film tiennent à la suffisance d’un propos gonflé voire boursouflé qui fait de lui un avatar de son présentateur vedette, au demeurant fort bien campé par Robert Pattinson, dans l’application d’une radicalité esthétique chère à la société de production A24 et cultivée pour elle seule.