Avec Prince de ténèbres, Carpenter atteint pendant une courte période la révélation, en questionnant les composantes de son art. On sent véritablement dans ce long-métrage l'élaboration des notions qui obsèderont le cinéaste, dans la suite de sa carrière, aussi bien en terme d'intrigue que de choix d'image: que ce soit son obsession pour les concepts lovecraftiens avec cette idées de force supérieure à toute forme de logique, ou le fait de représenter la duplicité de manière littérale, par le truchement d'un morceau de verre (les miroirs dans Prince des ténèbres, les lunettes dans Invasion in Los Angeles) . Il se dégage de cet agglomérat un peu disparate d'information une certaine poésie mélancolique, pour ne pas dire déprimante. Il ne s'agit pas d'un film sur la destruction du monde, mais sur la fin du monde tel que l'Humanité l'a toujours connu, ce qui n'est sensiblement pas la même chose. En effet, par ses choix de montages, d'angles de caméra ou de lumière, Big John dépeint un monde à l'agonie, une société humaine sans espoir, prête à sombrer dans une dimension démoniaque. Les sursauts d'humanité ne semblent pas peser bien lourd contre le climat de ténèbres, inexorable.
Prince des ténèbres, c'est aussi le constat d'un échec, celui de la religion, qui n'a pas su conduire l'homme vers la voie du Bien. Difficile de faire plus explicite que dans l'écriture du personnage du père Loomis, prêtre au bout du rouleau et devant céder face au pouvoir des sciences, menée par le professeur Howard Birack.
Enfin, Prince des ténèbres, c'est une partition libérée de toute contrainte de forme ou de genre. Carpenter au sommet de son art nous entraine derrière l'envers du décors... Où l'inspiration commence!