En se rapprochant du thriller d'action plus que de la psychologie avec son Caught Stealing, Darren Aronofsky s'éloigne de ce qui fait l'âme de son cinéma en offrant un spectacle urbain qui n'en reste pas moins prenant pour autant.
Choisir comme base le thriller de cartels offre au réalisateur un matériel intéressant, d'autant plus qu'il y insère un protagoniste tourmenté par son passé et une bonne dose de violences punitives. Plutôt que l'esprit, c'est le corps qui frappe dans ce nouveau film plus terre à terre, au travers d'une réalisation pleinement dynamique. Le décor est filmé de façon particulièrement urbaine, où Darren Aronofsky prend le temps de soigner une esthétique punk et rebelle. Le choix de IDLES pour la bande originale complète cette atmosphère marginale pour sublimer ce thriller sanglant.
Mais si son ambiance marque, théâtre d'actes de cruauté particulièrement marquants, ce qui s'y déroule se veut bien moins convaincant. Darren Aronofsky incarne à mon sens le réalisateur du traumatisme, du tourment, de l'obsession : reprendre ses thématiques phares ne s'opère que de façon superficielle le cas échéant. Que ce soit le traumatisme ou l'alcoolisme du protagoniste, aucune réelle profondeur ne me tourmentera au même titre que ses précédentes œuvres ; et pourtant, Austin Butler porte parfaitement le choc d'une telle barbarie au travers de son personnage pris au piège dans cet engrenage de gangs absolument démentiel.
Plutôt que la psychologie, c'est une vision pessimiste bien plus terre à terre qui prime, puisque le réalisateur n'épargnera physiquement aucun de ses personnages pour choquer avec brio, mais m'empêchant d'adhérer pleinement à leur histoire, faute de temps d'écran trop bref (je pense principalement à l'autorité incarnée par Zoë Kravitz ou au punk décalé et hilarant que porte brillamment Matt Smith). Tout ce qui relève du traumatisme de Hank ou de l'humour inhérent au ridicule des gangs manque inévitablement sa cible à cause d'un traitement de ces thématiques trop physique là où j'en attendais du psychologique.
Etant un profond admirateur du tourment que Darren Aronofsky sait m'insuffler au travers de son cinéma, j'avoue que son Caught Stealing s'avère être une très grande déception en comparaison. Pour autant, je lui trouve une dynamique urbaine et punk particulièrement plaisante, immergeant pleinement dans ces rouages de cartels dévastateurs ; mais cela ne suffira jamais à me faire oublier un matériel de base trop souvent survolé.
PS : Le caméo final de Laura Dern m'a presque fait hurler dans la salle : quelle reine !