Caught Stealing fascine par la capacité de Darren Aronofsky, une fois encore, à investir des genres codifiés pour mieux les vider de leur substance, détourner les clichés qui les composent et y intégrer sa thématique principale : la rédemption par la violence d’une personne égarée, dont le parcours représenté juxtapose autant d’épreuves et de dilemmes. Cinéaste religieux marqué par l’Ancien Testament, il ose pour la première fois jouer la carte du comique, tonalité jusqu’alors absente de son cinéma, sans toutefois tomber dans la pantalonnade bouffie bouffante : aussi compose-t-il un engrenage tragique sur le mouvement duquel se fixe un mécanisme burlesque, les diverses exécutions étant perçues avec banalité et distance désabusée tel le regard contemplatif du chat totem.
On prend un acteur et on lui fait mal, on charcute son corps au bout de quelques minutes, on le plonge dans l’alcoolisme et le désespoir : Austin Butler prolonge la galerie des gueules cassées après le catcheur retraité Mickey Rourke ou l’adipeux Brendan Fraser, incarne une allégorie de la malchance qui reconquiert pourtant son sens des responsabilités de façon à interrompre cette chaîne de malheurs dont il est à la fois le dommage collatéral et la cause. La mise en scène énergique ne cesse d’entrer et de sortir, plonge au plus profond de l’individu comme dans les bas-fonds des quartiers de New York – voir à ce titre les nombreux symboles de la descente, de l’ouverture dans le métro aux escaliers dessinés sur la plaque surplombant le lit de l’appartement, en passant par cette échappée depuis le toit de l’immeuble d’habitation – et atteste, s’il fallait le prouver encore, la maestria du geste artistique de son auteur.