Une oeuvre remarquable de subversion, dont la charge satirique s'impose fatalement à renfort de caractérisations appuyées, jamais loin de la caricature... C'est le prix à payer pour le cinéaste Peter Watkins désireux de s'affranchir de tout conformisme idéologique, réfutant avec intelligence et - surtout - esprit critique l'endoctrinement de la société britannique de la fin des années 60.
En préfigurant les questionnements métaphysique d'un certain Orange Mécanique ( le film de Watkins reprend beaucoup de la thèse politico-fictive du chef d'oeuvre kubrickien ) le réalisateur signe un documenteur en forme de réquisitoire contre la manipulation des masses, en prenant comme point névralgique un étrange mauvais sujet repenti en la figure de Steven Shorter, pop star littéralement "lancée comme un paquet de lessive" par une poignée de pontes mêlée de notables, producteurs et autres prélats se repaissant du succès de leur produit pourtant fait de chair et de sang...
En une centaine de minutes Peter Watkins perpétue l'implacabilité du dispositif hybride et atypique de son superbe moyen métrage La Bombe, interrogeant le média cinématographique en le confrontant à son propre statut représentatif. Impossible alors de s'identifier à l'idole que constitue Steven Shorter ( impeccable Paul Jones en star policée et admirablement plate, sous toutes les coutures...), tant l'insipidité des rengaines mêlée à son instrumentalisation insuffle un vent de docilité furieusement invalidé par le cinéaste.
Entièrement dans l'air de son temps et hautement visionnaire dans le même mouvement de brillance et d'efficacité Privilège est un film au titre savoureusement iconique et ironique, montrant de fait un système produisant des produits produisant eux-mêmes des produits. A l'aune d'une société où la consommation irrigue toutes les castes et toutes les classes ( la religion - opium du peuple par excellence - est ici présentée ni plus, ni moins, comme un vulgaire business...) le long métrage de l'auteur du futur Punishment Park impose d'ores et déjà son impertinence, à tel point que l'objet dont il est ici question eu bien des peines à connaître un véritable parcours dans les salles britanniques. A voir impérativement, et encore davantage au vu de la conjoncture contemporaine...