Représentatif d'un certain cinéma anglo-saxon arty et contestataire des 60's, Privilège est une petite déception étant donné le statut semi culte qu'il se traîne.
Quelque part entre Tommy, les œuvres dystopiques de Burgess (Orange mécanique, la folle semence) et l'inévitable Blow up quand il faut parler du cinéma de Swinging London, Privilège dresse le sombre portrait d'une rock star pressée comme un citron - une pomme en l’occurrence - par un entourage peu scrupuleux.
Le film s'ouvre sur la pop-star Steve Shorter (Paul Jones, chanteur des Herman's Hermits) qui se livre à un curieux show à demi scénarisé où il est martyrisé par des policiers sous l'œil humide de milliers de fans. Placé dans une cage et menotté, il subit coups et insultes pendant son court tour de chant. Les fans hystériques rappellent ceux des Beatles et des Stones, et on ne saurait dire s'ils pleurent par compassion ou par plaisir coupable. On est déjà plongé dans ce message un peu gros. Les stars du show business sont consumées publiquement pour nous divertir ou nous faire consommer.
Il annonce un film pas très fin qui n'aura de cesse de dresser un parallèle christique entre chanteur pop et néo prophète, qui perd en force au fil des minutes. Paul Jones affiche une tête de mec constipé pendant tout le film, et n'est pas aidé par les dialogues pour donner vie à cette figure victimaire absolue, qui ne se rebelle jamais vraiment, qui accepte à moitié son sort et qui n'a aucun pouvoir de décision (pas même celui d'être père), livré en pâture aux médias et aux fans.
N'ayant plus de vie privée, ni de libre arbitre, uniquement tourné vers la promotion de produits divers : disques, pommes (clin d'œil ironique à la maison de disque des Beatles ?), et même religion. Seuls deux personnages se soucient de son bien être, et à minima de sa santé mentale. Vanessa (Jean Shrimpton), un mélange entre Jane Birkin et Geneviève Bujold, soit une brunette avec des yeux de biches, chargée par un ministère quelconque de lui faire son portrait, et un industriel mécène qui trouve que son management est trop autoritaire (et c'est une figure assez originale puisqu'il est rare de voir le banquier avec un semblant d'humanité au cinéma).
Steve est donc trimbalé d'un endroit à un autre pour promouvoir x choses improbables, et le plus gros segment porte sur le partenariat avec l'église, qui organise une cérémonie de libération un poil caricaturale (backing band qui fait le salut fasciste, croix enflammée façon KKK, costume rouge comme l'enfer de Steve...). C'est un peu exagéré, ça dénonce un peu facilement mêle tout un tas de choses : le star système, le fascisme, la religion, la société de consommation... mais ce n'est ni porté par une intelligence visionnaire dans les dialogues, ni par une mise en scène supérieure, ni par une interprétation marquante (Paul Jones se contente d'avoir un regard de cocker au bord du nervous breakdown, et le mannequin Jean Shrimpton se contente juste d'être très belle, ce dont elle s'acquitte sans problème). Il n'y a même pas le côté sale gosse "anar - rigolard" qui animait les films de Jean Yanne et qui dénonçait lui aussi et avec à peine plus de mesure les mariages improbables entre publicité, religion, rock stars, dans Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil.
Le personnage retrouve sa liberté (et l'anonymat) à la fin du film en refusant les récompenses, et affichant publiquement sa détestation du public et son besoin d'être considéré comme un homme normal. Ouais, c'est une fin très niaise au regard de la noirceur et de l'ironie dans lesquelles baignait le film jusque là....
Un film qui n'a en fin de compte, pas les moyens de ses ambitions. Trop démonstratif et trop marqué dans son époque pour réussir son objectif de brûlot anticipatif anti capitalo-fasciste.