En me perdant à midi sur Youtube, je suis tombé sur un extrait d'interview d'Éric Judor à la radio, exprimant son insatisfaction face à la qualité générale des films humoristiques en France. Constat que je partage. L'existence de ce film a alors été rappelé à ma mémoire, j'ai donc eu envie de le regarder le soir même l'ayant loupé lors de son exploitation en salle. Étant nantais, ayant été plusieurs fois à la Zone À Défendre (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes (NDDL), notamment en avril dernier, et en tant qu'admirateur du travail humoristique d'Éric Judor, considérant "La Tour Montparnasse Infernale" comme une de mes comédies préférées, et "Platane" est la dernière série française en date à m'avoir fait rire, j'étais très curieux de voir ce que pouvait donner ce film.
On suit donc Victor (Éric Judor) et Jeanne (Célia Rosich), et leur fille, aller dans une ZAD en Auvergne, pour... pourquoi déjà ? Pour voir l'ancien prof de yoga de Jeanne, Jean-Paul (Michel Nabokoff), c'est à dire aucunement par curiosité citoyenne ou politique. Sur place ils intègrent donc un groupe d'une cinquantaine de personnes environ, luttant depuis six mois contre la construction d'un aquaparc au milieu d'un espace naturel représenté tout au long du film comme remarquable. Parce que ce n'est pas les habitants du lieu qui le disent : ils paraissent comme totalement déconnecté de leur environnement, ils pourraient être en Islande ou au Sri Lanka, qu'ils ne verraient à priori pas la différence. Tous, sans aucune exception. Et on touche là un des ressorts principaux du film : le cliché.
Ces habitants de la ZAD, du moins ceux ayant des rôles écrits, ne sont que les caricatures les plus extrêmes et éculées des écolos, non-violents, féministes, libertaires, anti-capitalistes, schlags, islamo-gauchistes et j'en passe. Comme Patrice (Marc Fraize), cet opposant à la société de consommation, qui tient un discours totalement incompréhensible et décousu à propos de supermarchés, de melons et de chips croquante ou pas (ou quand on demande à Marc Fraize de faire Monsieur Fraize alors qu'il joue Patrice...). Ou cette mère qui ne donne pas de nom à son enfant pour "ne pas lui mettre d'étiquette" et qu'il puisse choisir lui-même (au passage, vu son âge, il aurait certainement choisi depuis longtemps).
Le lieu est remarquablement défendu par une "enceinte" fait de bric et de broc avec une porte, mais s'arrête aux premiers arbres du bois (une trentaine de mètres en gros), et forcément lorsque les forces de l'ordre chargent (on ne sait pas pourquoi, puisque s'il y avait décision d'expulsion, Victor, Jeanne et leur fille n'auraient pas pu entrer sur zone en voiture), ils passent par la porte. Ils chargent, à coup de lacrymo, et puis il s'arrêtent comme ça, bien en ligne, on sait pas pourquoi, et on voit sortir de leurs rangs un représentant préfectoral leur signifier l'occupation illégale du lieu et l'évacuation immé... non, on voit sortir de la ligne de gendarmes un opposant historique au projet, genre le président du comité contre le projet, qui s’engueule avec les zadistes, et repart avec les gendarmes, comme ça. Bref, on va d'amalgames en stéréotypes tout au long du film.
Et c'est là où je ne m'explique pas l'interview sur une radio d'Éric constatant la pauvreté des comédies françaises et leur manque d'originalité, puisque ce film en fait totalement partie. Il use exactement des mêmes ficelles : rire aux dépends de clichés erronés sur l'autre, basés sur un désintérêt de l'autre... les noirs ont le rythme dans la peau, les juifs sont radins, les féministes sont castratrices, les anti-capitalistes ont un discours naïf, etc, etc.
Et c'est vraiment dommage, parce qu'il y a tout à fait moyen de faire une comédie traitant d'un ou de sujets soulevés à la ZAD de NDDL, sans user et abuser de railleries faciles.