Le film a le bon goût de commencer par un morceau de UB40, mais les premières paroles donnent le ton du film : un couple et sa fille vont passer quelques jours de vacances dans un camp de zadistes. Déjà c’est un peu bizarre, mais bon. Ils sont encore en chemin, la fille dit qu’ils n’ont pas de smartphones dans le camp, et son compagnon, incarné par Eric Judor, de répondre : ils ont des vêtements quand même ? Voilà le niveau, et le ton du film qui ne fait rien d’autre que de se gausse de ces militants qui de surcroît ne sont nullement croqués avec finesse, bien au contraire. On peut rire de tout, y compris des zadistes, on peut souligner le trait, mais on n’est pas obligés de verser dans une vision à charge particulièrement caricaturale. Parmi les zadistes, il n’y en a pas un de « normal », entre l’ancien djihadiste, le pseudo chaman, la féministe qui montre ses seins dès qu’elle voit un gendarme, le flippé des ondes antivax, la jeune fille débile qui ne comprend pas pourquoi tout le monde parle de pain de mie alors qu’il s’agit en réalité de pandémie, etc. Quelle lourdeur dans l’écriture : il n’y a pas un personnage pour rattraper les autres. C’est manifestement assumé, c’en est même parfois drôle, mais je n’ai pas apprécié cet océan de condescendance. Le pire est probablement que les auteurs n’en sont pas véritablement conscients.
Certes, on est dans une comédie et pas dans un docu sur Notre-Dame des Landes, mais on peut aussi respecter les gens que l’on présente. Certes, le personnage incarné par Eric Judor, extérieur à la ZAD, est un vrai con libidineux, on met aussi en avant ses travers, notamment sa dépendance au smartphone, mais ceux qui sont moqués, et sans finesse, ce sont principalement les zadistes, présentés comme des utopistes qui n’ont rien compris au monde et qui, d’ailleurs, lorsqu’ils sont confrontés à la nécessité de construire leur propre monde, sont incapables de faire autre chose que reproduire les erreurs qu’ils dénonçaient, à savoir exclure certains (le clochard) ou retrouver les bienfaits de la propriété privée. Le propos est à charge, extrêmement conformiste, ne pouvant imaginer chez les zadistes quelque chose de réaliste ou en phase avec l’avenir : non, leurs démarches sont vouées à l’échec, ils finiront par se battre pour le pouvoir, par exclure ceux qui ne sont pas dans la norme et retrouver l’aliénation de la propriété privée. Le discours est condescendant, alors que les zadistes, quoiqu’on en pense, tentent de faire émerger des solutions d’avenir ou, à défaut, des modes de vie moins prédateurs.
En plus d’être caricatural, le film est vulgaire, quand une fille déclare dans le groupe de parole qu’elle ne sait pas quoi faire car cela fait deux mois qu’elle « pue de la chatte ». Tout est de ce niveau, c’est assez affligeant. Qu’est venue faire Blanche Gardin dans ce merdier ?
Je vous partage également le point de vue de Cultural Mind qui me convient bien : https://www.senscritique.com/film/problemos/critique/127669908
Bref, si l’on suit ce que véhicule le film, il n’y a plus d’espoir, les zadistes, les écologistes, féministes, anticonsuméristes et autres végans ont déjà perdu. C’est moche de voir le monde ainsi, même s’il s’agit surtout de tenter de faire rire. Vraiment consternant. Amis altermondialistes et autres croyants dans un monde meilleurs, ne lâchez rien ! (et pas la peine d’aller voir ça)