Homem de Projeção (Projectionniste) est le deuxième court-métrage réalisé par Kleber Mendonça Filho (avec Elissama Cantalice), en 1992. Comme Travelling, réalisé un an auparavant, l’intérêt qu’on peut aujourd’hui lui porter est essentiellement rétrospectif : ces images du projectionniste Alexandre Moura, accompagnées du bruit d’une pellicule en train de défiler, semblent contenir quelques-unes des obsessions du futur réalisateur de Portraits fantômes, qui revisite les lieux perdus de Recife et particulièrement ses cinémas.
Dans Homem de Projeção, c’est au Cine Art-Palácio que le spectateur est transporté. Outre l’appareil de projection et le projectionniste, sur lesquels il se focalise, Mendonça Filho filme le cinéma, au gré des déambulations et des regards du projectionniste. Le film saisit le lieu l’année même de sa fermeture, cinquante-deux ans après son ouverture – le temps de la vie professionnelle d’un projectionniste…
Une nostalgie – disons une saudade – d’un Recife disparu, ou en voie de disparition, sourd dans ce film, comme dans une large part de la filmographie à venir du cinéaste ; mais elle ne se fige pas en lamentation : elle se transforme en conte – pour faire droit à la pièce de Leoš Janáček, Pohádka, qu’on entend dans le film et pendant le générique. Homem de Projeção est à la croisée des deux grandes activités de Mendonça Filho : le cinéma, qui le fera connaitre internationalement, et le journalisme, où il s’affirme alors comme critique de cinéma – du reste, Homem de Projeção et son court-métrage suivant, Casa de Imagem, sont un projet de fin d’étude pour son cursus de journalisme.