C'est un film que je n'ai pas vu à sa sortie en 1994, probablement par manque de disponibilité mais aussi parce que je ne connaissais pas le réalisateur Tarantino. De plus, n'étant pas spécialement accro aux palmes et récompenses, rien ne m'avait vraiment incité à le voir… Un jour, j'ai découvert dans l'émission "les guignols de l'info" un sketch représentant une parodie du film où deux hommes politiques en vue jouaient les rôles de J.Travolta et S. L. Jackson (dans la scène du petit-déjeuner). C'est le ton complètement décalé qui m'a convaincu de trouver et voir ce film … Et c'est vrai que je n'ai pas été déçu.

Depuis, j'ai un peu compensé mon ignorance et vu plusieurs films de Tarantino ; mais, je suis loin de tout apprécier chez lui, à part "Reservoir Dogs", "Jackie Brown" et "Pulp Fiction" …

Il faut avouer que ce film est très curieux ne serait-ce que par son montage et l'organisation des scènes. C'est un polar composé de trois histoires à peu près distinctes dans le film, chacune avec des protagonistes à la fois différents et communs. Mais pour éviter que les histoires se succèdent "bêtement" l'une derrière l'autre, Tarantino s'ingénie à les entrecroiser sans forcément respecter la chronologie. Par exemple, on va voir Vincent Vega (Travolta) se faire buter au milieu du film avant de le voir réapparaitre dans une scène qui n'est que la suite de la première scène du film. Il y a donc une dimension dans le film qui confine à l'absurde. Le hold-up lancé dans la cafétéria par deux jeunes illuminés s'interrompt pour être perdu de vue pendant une grande partie du film avant d'être repris vers la fin mais avec deux autres personnages (des truands) du film qui interviennent soudain et font capoter le hold-up. Le monde absurde que Tarantino nous décrit, c'est un peu comme si on ne faisait que tourner en rond, un peu comme chez Kafka. Le truand, qui a réglé un compte et a réussi sa mission, est pris dans une autre tourmente qui risque bien de l'emporter. Le boxeur (Bruce Willis) qui fuit à l'approche du match où il doit se coucher à la nième reprise est rattrapé par le destin dans une autre aventure indépendante où il risque bien d'y passer. Et s'il en réchappe, c'est pour tomber dans un deuxième autre piège qui nécessitera qu'il revienne en arrière.

Mais ce qui distingue ce film, qui est en quelque sorte sa marque de fabrique, c'est ce qui m'avait fortement intrigué dans le sketch des guignols. Les scènes d'action sont systématiquement précédées d'un long voire interminable dialogue sur des sujets qui sont d'une banalité affligeante, profonde ou comique, suivant la perception du spectateur. Par exemple, alors qu'ils s'apprêtent à trucider au petit matin des truands ayant tenté de doubler le Boss, les tueurs à gage Vincent Vega (J. Travolta) et Jules Winfield (Samuel L. Jackson) parlent longuement de l'utilité et des bienfaits des massages de pied des femmes et d'ailleurs la discussion qui est très calme et courtoise manquerait presque de s'envenimer si la raison ne finissait par l'emporter. Et face aux petits malfrats, Jules va disserter sur la qualité des hamburgers avant de livrer un passage édifiant de la bible…

Ici, la violence n'est ni psychologique ou glorieuse ou conjugale ou que sais-je, conséquence d'une passion quelconque. Elle est administrative ou plutôt bureaucratique. En tous cas, banale. D'ailleurs, on meurt par inattention ou par négligence. Un des truands va mourir bêtement alors qu'il est aux toilettes et qu'il a, tout aussi bêtement, laissé son arme sur la table de la cuisine dont va s'emparer un deuxième quidam pour simplement se défendre.

Même la musique est à l'unisson de l'ambiance du film … C'est une succession de morceaux de pop ou de rock and roll des années 60 ou 70, tout à fait appropriés à la scène. Comme celle du concours de twist que vont gagner Mia (Uma Thurman) et Vincent Vega (Travolta) …

Un mot du casting qui réunit des belles pointures comme un mystique Samuel L. Jackson qui cite la bible avant, pendant et après avoir exécuté ceux qu'on lui avait désigné. J. Travolta, Bruce Willis, Uma Thurman qu'on aurait eu plaisir à voir plus longtemps, en femme toxicomane du boss de la maffia, Harvey Keitel en bon technocrate du camouflage de crime, Maria de Medeiros en gentille petite femme de Bruce Willis très amoureux et préoccupé par lui fournir des galettes aux myrtilles au petit déj. Tandis qu'il a la grande truanderie aux fesses. Christophe Walken en militaire, échappé de la guerre du Vietnam. Et même Quentin Tarantino dans un second rôle qui en a marre de ces truands qui arrivent chez lui avec des cadavres à cacher et qui a peur des représailles exercées par sa femme à son retour du boulot.

Oui, un film curieux, curieusement déjanté avec des dialogues étrangement profonds à moins qu'ils ne soient que loufoques. En tous cas, un polar qu'on peut regarder aussi d'un air amusé à tenter de déchiffrer les clins d'oeil cinématographiques et dont on ne voit pas passer les 2 h 30. Un chef d'œuvre, peut-être bien …


JeanG55
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le 6 mars 2026

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