Réalisateur prolifique mais relativement confidentiel en Occident Kôji Wakamatsu accouchait en 1966 du bien-nommé Quand l'embryon part braconner : une oeuvre pour le moins étonnante, rigoureusement formelle et d'une portée sociologique édifiante.
Wakamatsu a presque toujours produit et réalisé des films explorant la sexualité de ses personnages en la confrontant aux questions politiques et environnementales de son époque. Dans Quand l'embryon part braconner il dresse une étude de la misogynie proprement atypique, haine de la gente féminine liée à l'impuissance de son protagoniste. Se concentrant essentiellement sur un couple et sa relation proche du sadomasochisme Wakamatsu apporte un témoignage filmique précieux sur le malaise d'une société nipponne en proie aux frustrations masculines et au désir féminin de sauvegarde de l'espèce humaine.
Graphiquement l'oeuvre est d'une beauté tour à tour flamboyante et dérangeante, savamment accompagnée du répertoire musicale classique et d'une bande-son passionnante, bande-son évocatrice évitant intelligemment de paraphraser le discours propre aux images. Expérimentant à différents degrés Kôji Wakamatsu maîtrise sa narration comme peu d'autres réalisateurs, jouant sur les surimpressions, le clair-obscur et la stroboscopie pour mieux conduire son récit.
Les cadrages et le montage révèlent subtilement leur brillance au coeur d'un film tenant élégamment sur sa (courte) longueur : en un peu plus d'une heure Wakamatsu nous offre un morceau de cinéma bouillonnant et organique, un film dont le contenu fait particulièrement sens au regard d'une filmographie résolument cohérente dans ses thématiques abordées. S'ensuivront d'autres productions non moins nécessaires, notamment l'intriguant Sex Jack dans lequel Wakamatsu appréhendera quelques années plus tard la sexualité d'un groupuscule révolutionnaire. Un grand film.