Quantum of Solace s’ouvre par une poursuite en voiture entre Bond et des hommes armés. Dès l’ouverture, Marc Forster montre les limites de sa réalisation. La caméra tremble dans tous les sens, les plans s’enchaînent à toute vitesse et le montage multiplie les angles sans jamais laisser le temps de comprendre ce qui se passe. On distingue à peine les voitures, les mouvements sont constamment coupés et il devient rapidement impossible de comprendre où se trouvent les différents véhicules. On ne sait plus qui est qui ni où on est.
Le film semble vouloir reprendre la nervosité de la saga Bourne. Le problème, c’est que là où Paul Greengrass utilise cette nervosité pour nous immerger dans l’action, Forster donne surtout l’impression de ne jamais savoir où placer sa caméra. Une poursuite censée être spectaculaire devient donc surtout fatigante et illisible, donnant dès les premières minutes une assez mauvaise idée de ce que sera la réalisation du film.
Une des qualités principales de la saga Bourne résidait aussi dans la richesse et l’intelligence de son scénario. Ici, l’histoire n’a ni queue ni tête et semble exister uniquement pour relier les scènes d’action entre elles. L’aspect géopolitique est complètement raté, l’histoire manque de clarté et les enjeux manquent cruellement d’intérêt. La grève des scénaristes de 2007/2008 n’a certainement pas dû aider. Daniel Craig a d’ailleurs raconté avoir réécrit lui-même certaines scènes. Comme quoi, même James Bond ne peut pas s’improviser scénariste.
Le gros problème de Quantum of Solace, c’est qu’il refuse d’être un film James Bond. Pas de gun barrel pour démarrer le film, pas de gadgets. Et James Bond ne ressemble tout simplement plus à James Bond. Dans l’épisode précédent, le mythe avait été déconstruit pour mieux être réinventé. Ici, on a surtout l’impression que les producteurs ont pris tout ce qui faisait l’identité de Casino Royale pour ensuite le jeter par la fenêtre. Quantum of Solace ne construit rien, ne prolonge rien et ne propose aucune nouvelle vision intéressante du personnage. On assiste à un véritable gâchis. Comment les producteurs ont-ils pu valider un film pareil ?
La vraie question est finalement : pourquoi le spectateur continue-t-il de suivre cette saga ? Le film d’avant est réussi, celui d’après est raté. On passe plus de temps à prendre des douches froides qu’à prendre du réel plaisir. Et même les choix de production semblent avoir perdu toute logique. Pour la première fois, les producteurs abandonnent leur habitude de choisir des réalisateurs britanniques en faisant appel à Marc Forster, qui est allemand. C’est assez ironique quand on se souvient qu’ils avaient refusé Steven Spielberg à l’époque sous prétexte qu’il était américain.
Quantum of Solace peut sortir la carte joker de la grève des scénaristes pour justifier que ce film soit aussi mauvais. Mais personne ne les a obligés à le sortir aussi vite. Si le film avait été décalé, on aurait râlé sur le moment, mais en réalité, on aurait sans aucun doute été gagnants. Dommage. Ce film aussi on a assez de recul pour dire que rien n’est à sauver et que c’est un naufrage total.