Filmé d’abord en marge après avoir été vu au travers d’une caméra de surveillance, Chérif (Reda Kateb, comme d’habitude impérial) va envahir au fil des scènes suivantes le centre de l’écran comme si ce jeune trentenaire relégué reprenait sa place au cœur d’une société où il peine justement à conquérir la sienne. Agent de sécurité par nécessité pour une grande surface, il espère avoir réussi les épreuves écrites du concours d’infirmier qu’il tente pour la quatrième fois. Alors qu’il doit surveiller les mouvements des jeunes devant l’entrée du magasin, il devient la cible de ces derniers, tellement harcelé qu’il accepte les conditions d’un marché avec un de ses amis au sujet d’une livraison nocturne.
Ce premier film s’articule donc autour de la figure d’un jeune homme séduisant et secret, inquiet de rater sa vie. Dans son quartier de grande banlieue, il est coincé dans un espace trouble et solitaire entre les jeunes pour lesquels il représente le traitre et l’ordre et ses aspirations à une existence meilleure. En épousant les registres différents de la chronique sociale, de la romance et du polar, Qui Vive tend à s’éparpiller en perdant de la belle intensité qu’il montrait à l’origine. La réalisatrice Marianne Tardieu parvient cependant à mettre en scène un engrenage qui soutient l’attention du spectateur, en évitant de tomber dans la caricature et le manichéisme. Au-delà d’un regard sociologique sur la vie des cités, la cinéaste construit avant tout le portrait complexe et contradictoire d’un homme singulier.