Rambo
7.1
Rambo

Film de Ted Kotcheff (1982)

Le nom est devenu synonyme de débordements guerriers, de toute puissance physique et d'impérialisme reaganien. Il est devenu le symbole de l'action en forme de délire et de confusion, d'apologie va-t-en-guerre surarmée, voire l'icône d'une certaine décadence du divertissement et d'une bêtise crasse.


Tenir un tel discours serait cependant oublier de manière assez hypocrite des origines plus complexes, plus poignantes, avec un arrière plan social des plus glaçants d'une Amérique bien pensante qui maltraite ses héros.


La question du premier sang versé devient dès lors secondaire quand un marginal désintégré est pris pour cible d'une traque parce qu'il dérange, lui et tout ce qu'il représente alors aux lendemains de la débâcle vietnamienne. Par ce qu'il veut simplement traverser une ville et manger un morceau avant de partir comme il était venu, un vagabond devient un paria, un solitaire détruit un animal que l'on chasse.


D'un début sous le signe du western, où un héros est traité comme un moins que rien, dont les traumas ressurgissent à la seule faveur d'images plus que fugitives, en forme de souffrance psychologique sourde, Rambo verse soudainement, le temps d'une fuite en avant, dans un survival forestier primal et primitif, traquant une bête blessée sur son terrain de prédilection. Le sang est versé, oui, mais toujours au corps défendant de John, revenu à l'état sauvage, qui ne fait que répondre aux agressions, aux stimulis d'une nemesis implacable et rigide.


La violence déployée est viscérale, cathartique, tandis que la traque et le sentiment d'omniprésence de la menace, son invisibilité anticipent de six années les mécanismes à l'oeuvre dans Predator, le classique de John McTiernan. Elle donne aussi le sentiment étrange que le conflit vietnamien est importé aux Etats-Unis, faisant de John Rambo un véritable viêt cong en face d'une armée régulière qui a juré de le mettre hors d'état de nuire...


A la faveur d'une régression minière, le conflit, en forme de terrorisme, contamine bientôt la bourgade tranquille aux allures d'Amérique profonde, celle qui a façonné un chien de guerre afin de la servir pour mieux, lors de son retour, le déconsidérer et lui tourner le dos. John Rambo est le fruit de ce mécanisme cruel et déhumanisant. Il est aussi le reflet dans le miroir de ce pays qui ne cesse de se fabriquer des monstres dont elle s'étonne qu'ils échappent à tout contrôle.


Désormais sans but, sans guerre, sans ses compagnons d'armes, qu'ils soient tombés au combat ou victimes de l'agent orange qui les ronge, John Rambo se mue en un être auto destructeur et sans limite en réponse au comportement proprement honteux de cette société qui rejette ceux qui défendent son idéal militariste. Impossible cependant de ne pas ressentir de la compassion ou de l'empathie envers cet anti héros, dont les failles sont à vif, dont la souffrance et l'impuissance sont poignantes. Au point qu'il régresse devant le colonel Trautman, son mentor, au stade d'un petit garçon qui pleure et dont la voix, tremblante et qui se perd dans les aigus, fait écho à ses frustrations et à sa colère.


Victime expiatoire à nu, loin du soldat invincible qui évoluait dans la forêt de la première partie du film, John Rambo offre au spectateur son humanité à fleur de peau, ainsi qu'une image de la réintégration impossible d'un homme qui a eu enfin l'occasion de hurler la vérité de ce qu'il a enduré. Que ce soit devant le spectateur, mais surtout, à la face d'un pays pétri de contradictions, d'hypocrisie et, en creux, de haine de lui-même, tandis que la magnifique chanson It's a Long Road résonne.


Le chemin sera long, en effet.


Behind_the_Mask, c'est pas sa guerre.

Créée

le 18 juin 2018

Critique lue 404 fois

Behind_the_Mask

Écrit par

Critique lue 404 fois

26
5

D'autres avis sur Rambo

Rambo

Rambo

8

FonkyFresh

16 critiques

"J'aime pas ta p'tite gueule... Du tout."

Cas de figure N°1 - Rambo ça pue, c'est un film de bourrins pour les beaufs. - Tu l'as vu ? - Le 3ème seulement... Cas de figure N°2 - Rambo ça pue, c'est un film de bourrins pour les beaufs. -...

le 12 août 2010

Rambo

Rambo

8

Sergent_Pepper

3193 critiques

La mécanique fureur.

Welcome to Hope, indiquait pourtant le panneau d’entrée de la ville. Le seul Eden, c’est celui du premier plan : une étendue d’herbe ensoleillée sur laquelle des enfants jouent, du linge qui sèche...

le 8 mars 2016

Rambo

Rambo

7

Torpenn

1062 critiques

Bête de guerre

Dès le premier plan joliment automnal sur ce trimardeur qui arrive au loin dans une petite ville calme comme tant d’autre sur la musique de Jerry Goldsmith on se retrouve dans quelque chose de...

le 14 janv. 2014

Du même critique

Avengers: Infinity War

Avengers: Infinity War

10

Behind_the_Mask

1496 critiques

On s'était dit rendez vous dans dix ans...

Le succès tient à peu de choses, parfois. C'était il y a dix ans. Un réalisateur et un acteur charismatique, dont les traits ont servi de support dans les pages Marvel en version Ultimates. Un éclat...

le 25 avr. 2018

Star Wars - Les Derniers Jedi

Star Wars - Les Derniers Jedi

7

Behind_the_Mask

1496 critiques

Mauvaise foi nocturne

˗ Dis Luke ! ˗ ... ˗ Hé ! Luke... ˗ ... ˗ Dis Luke, c'est quoi la Force ? ˗ TA GUEULE ! Laisse-moi tranquille ! ˗ Mais... Mais... Luke, je suis ton padawan ? ˗ Pfff... La Force. Vous commencez à tous...

le 13 déc. 2017

Logan

Logan

8

Behind_the_Mask

1496 critiques

Le vieil homme et l'enfant

Le corps ne suit plus. Il est haletant, en souffrance, cassé. Il reste parfois assommé, fourbu, sous les coups de ses adversaires. Chaque geste lui coûte et semble de plus en plus lourd. Ses plaies,...

le 2 mars 2017