2045, la société américaine s'est effondrée mais tout le monde vit dans la pointe de la pyramide de l'exploitation capitaliste et passe son temps dans l'Oasis, un univers virtuel monopolitique qui reproduit les divertissements commerciaux des décennies précédentes. Quand le saint architecte de ce système décède, il promet les clefs et sa fortune en héritage à quiconque résoudra le premier une chasse au trésor virtuelle inédite. Joueurs casus comme pros se jettent dans la course, sur fond d'intrigues interpersonnelles niveau sitcom pour enfant.
Vu l'année de sa sortie, revu mi-2025 par acquis de conscience: 2 heures 9 de gêne mâtinée d'ennui (plus 10 min de crédits). On sait à quoi s'attendre dès le premier quart d'heure. J'avais commencé par noter 3 mais émotionnellement c'était 2.
Techniquement le film, la cinématographie, sont propres, avec une narration hyper conventionnelle d'action-aventure (pendant les scènes virtuelles aussi d'ailleurs, parti-pris assez étrange) des acteurs (motioncap inclus) qui jouent bien ce qu'on leur demande. Le son est raccord à l'image, qu'on aime ou pas. Entre les tricks de plans réels et la CGI, l'ensemble fait plus punch mal dosé que bonne bouteille, mais la responsabilité va à la recette plutôt qu'à la main lourde du coloc. L'animation, pour son budget de folie et son année de sortie (2018), n'est pas au niveau même en tenant compte des contraintes de développement. Le screenplay est lui clairement prévu pour une projection cinéma 3D/ relief même s'il reste lisible sans. C'est du grand spectacle bien rôdé.
Le problème est le même partout: pour un film présenté à sa sortie comme à la pointe de la SF grand public, il est complètement à coté de la plaque. Spielberg présente un fantasme de dystopie où le monde réel est relégué à une extension du virtuel comme on en trouvait partout de la fin des années 80 jusqu'à la fin des années 2000 dans romans, BDs, mangas, séries télé (Star Trek), animation (saga hack\) et films (Matrix n'est pas sortie d'un caillou). Le roman Ready Player One date d'ailleurs de 2010-11, donc déjà bien après la mort du cheval, quand le concept était déjà devenu un trope ringard. En 2000-2005, j'aurais appelé ça la version plagiat commercial sans âme. En 2018, c'était juste gênant. Tout l'Oasis Second Life repose sur le principe de la culture pop nostalgique... d'un homme qui avait passé les 70 ans peut-être? Pour rappel, on est censé être en 2045, et ce grand œuvre la création d'un ingé qui était ado dans les années 90. Les choix de charadesign et d'accessorisation présentent le même anachronisme: les scènes de vie réelle donnent l'air d'avoir lieu fin 90 (plus tech). Les parents d'être nostalgiques des années 70-80 (plus tech). On ne croit pas aux décors. Les scènes de vie virtuelle sont presque toutes codées pré-2010, même sans prendre en compte les références pop visuelles. Et l'histoire n'utilise pas du tout les possibilités offertes par l'environnement de jeu! Où sont les zones d'événements, les items rares ou customisés? Les easters eggs? Les avatars multiples? Les structures sociales spécifiques? Tout est tellement. PAUVRE. et. CRINGE!! Le protagoniste, un ado hyper baraqué type Clark Kent jeune, présenté comme une petit geek sans ami de chair et de sang, se comporte comme un retraité que personne n'a jamais mis en garde de donner son code de carte bancaire sur internet!! Comment croire à quoi que ce soit à part leur manque total de culture?!! On ne va même pas parler des autres personnages, vides de sens.
Même avec tous ses écueils initiaux il aurait parfaitement été possible de tirer la trame de l'histoire par un autre fil pour faire cache-misère, comme en gardant l'identité du personnage principal secrète jusqu'au dernier acte, ou en partant de l'idée qu'ils agissent tous comme des caricatures parce que ce sont en fait des enfants qui apprennent la vie. La prod a fait ses choix.
Le CinemaSins pour ce film ne dure que 20 minutes, il y avait à faire pour le double. Si vous tenez à visionner, seul le champ de bataille final en vaut la peine. Ce film a utilisé les meilleurs outils pour raconter une histoire 20 ans à la ramasse et sans portée humaine intelligente.
Statut: jeu à boire, un coup à chaque fois que vous pensiez ne plus rien attendre mais vous trouvez déçus malgré tout. Double dose quand une caricature orientalisto-raciste apparaît.