Recife Frio
6.6
Recife Frio

Court-métrage de Kleber Mendonça Filho (2009)

Recife frio, un des derniers courts-métrages (de 25 minutes environ) que réalisa Kleber Mendonça Filho (en 2009), est un documentaire de fiction présenté sous la forme d’un reportage d’une télévision argentine, réalisé par un journaliste appelé Pablo Hundertwasser dans le film – allusion à Friedensreich Hundertwasser, un précurseur de l'écologie en architecture ? – qui parle en espagnol, mais fait parler les personnes qu’il interviewe dans leur langue, le portugais.


Le film est donc un documentaire de fiction, un faux documentaire, mais assurément pas un documenteur : car s’il montre un Recife, connu pour son climat tropical, devenu soudainement une ville « bretonne », froide et pluvieuse, comme le dit un personnage de voyagiste français, ce que montre Mendonça Filho est la réalité brute – brutale – de la ville. Le froid qui s’abat sur Recife accentue les inégalités sociales mais ne les crée pas : la déshumanisation était déjà à l’œuvre dans la spéculation immobilière qui avait, elle aussi, froidement changé la ville, en créant des rues inhospitalières livrées à la violence – mais parle-t-on de celle des voyous ou de celle des promoteurs ?


La brutalité du changement climatique rappelle simplement la brutalité inhérente au système économique et politique du Brésil. Il n’est qu’à voir les morts entassés n’importe où, une partie des centaines de sans-abris morts de froid ; ou la sordide récupération culpabilisante du malheur par les Églises, catholique (qui dénonce les péchés de tous) ou évangélique (qui veut éradiquer le mal chez chacun) ; ou encore cette séquence sur la chambre de bonne, dont le film dit explicitement – et très justement – qu’elle est une institution architecturale brésilienne, à la fois héritage de l’esclavage et fantasme moderne du quartier des esclaves (senzala) : il s’agit de la plus petite pièce de l’habitation, et la plus chaude, car ses fenêtres sont minuscules ou inexistantes ; bien sûr, le froid venu, c’est le fils de famille (un adolescent) qui la prendra, reléguant l’employée dans sa chambre froide et ouverte à tous vents.


Cette vérité de Recife, c’est celle que ne cessera de traquer Mendonça Filho dans ses longs-métrages de fiction, à partir des Bruits de Recife, réalisé trois ans après le glaçant Recife frio.

LuigiCamp
8
Écrit par

Créée

le 22 janv. 2026

Critique lue 35 fois

LuigiCamp

Écrit par

Critique lue 35 fois

D'autres avis sur Recife Frio

Recife Frio

Recife Frio

8

LuigiCamp

201 critiques

Brutalité froide

Recife frio, un des derniers courts-métrages (de 25 minutes environ) que réalisa Kleber Mendonça Filho (en 2009), est un documentaire de fiction présenté sous la forme d’un reportage d’une télévision...

le 22 janv. 2026

Recife Frio

Recife Frio

8

Iloonoyeil

1384 critiques

Une dystopie inquiétante

Recife Brésil .Le climat change et des tas de gens s’interrogent….Merci pour la lecture.Gérard Michel

le 13 juil. 2026

Recife Frio

Recife Frio

6

FrankyFockers

4080 critiques

Critique de Recife Frio par FrankyFockers

Ce film-là est un faux documentaire dans lequel Kleber Mendonça Filho imagine un refroidissement climatique sur la région de Recife, ainsi que toutes les conséquences que cela peut avoir. C'est très...

le 12 sept. 2025

Du même critique

La Trilogie d'Oslo - Amour

La Trilogie d'Oslo - Amour

9

LuigiCamp

201 critiques

Une autre carte de Tendre

C’est ceci, sans doute, ce que le cinéma fait de mieux – ou disons de plus spécifique : montrer, par une légère mimique ou un geste à peine amorcé ce qu’une âme traverse et que les mots échouent à...

le 12 juil. 2025

Jardin d'été (The Friends)

Jardin d'été (The Friends)

9

LuigiCamp

201 critiques

Conte d’été

Jardin d'été est sorti en 1994. Au Japon. En 2025 en France. Trente et un an, ce doit être le temps qu’il faut à un papillon pour venir du Japon en France… Et, comme les papillons du film, il est...

le 8 juin 2025

Le Mohican

Le Mohican

7

LuigiCamp

201 critiques

Le dernier des Corses

Ce film est remarquable à beaucoup d’égards : le jeu d’Alexis Manenti, qui trouve là sans doute son meilleur rôle ; les paysages sublimes, qu’une belle photographie magnifie encore ; la musique de...

le 25 févr. 2025