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Fresque épique, aussi documentée qu’elle est peu spectaculaire, Reds impose sa richesse politique dans ses creux, véritable socialisme de salon ou communisme souterrain, à renfort de fortes joutes, grandes réunions ou discussions intimistes, tout en déployant une émouvante épopée conjugale, de son excitante rencontre à sa tragique extinction, en passant par ses divers soubresauts (à ce titre, la présence pourtant discrète de Jack Nicholson est essentielle) nourris d’absences et de désaccords dans leur dévouement mutuel pour la cause.
Jack Reed est un journaliste américain, activiste communiste qui couvrit la révolution mexicaine avant de découvrir le bolchévisme à Petrograd en pleine Révolution d’Octobre, qui lui permit d’en tirer Dix jours qui ébranlèrent le monde, le roman qui fit son renom. Louise Bryant, à ses côtés dès 1915, est une écrivaine féministe. Le couple est campé par Diane Keaton et Warren Beatty, lui-même, probablement fasciné par cette figure historique au point de s’offrir la possibilité de l’incarner. Si c’est la dimension intimiste qui m’a d’abord séduit, la souffle de la reconstitution historique, de ces déplacements, en Russie, en Finlande, a fini par me cueillir et ne plus me lâcher – L’imposante longueur du film (3h15) permettant d’accepter de finalement s’y abandonner.
Beau film d’amour et beau film politique, donc, sur deux trajectoires (car le film n’oublie pas de faire un portrait soigné de la jeune femme, d’abord dans l’ombre de son mari avant qu’elle n’endosse aussi, à sa façon, les rennes de la révolution) complexes, ambiguës, téméraires, film dont l’aspect ultra-documenté est renforcé par cette brillante quoique parfois lourde idée d’insérer ci et là des témoignages d’authentiques témoins d’époque, apportant leur regard politique et leur souvenir du couple Louise/Jack, moteur pour certains, complètement tombé dans l’oubli pour d’autres.
Créée
le 22 juil. 2018
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