Redux Redux a de quoi intriguer : une mère traverse les réalités parallèles pour retrouver sa fille assassinée, espérant qu’elle soit encore vivante ailleurs. Le pari du film est d'avoir compris que le multivers, concept galvaudé par les super-héros, pouvait servir autre chose. Ici, les voyages dimensionnels ne sont pas un jeu mais une épreuve, une répétition harassante qui dit mieux que de longs discours l'absurdité du deuil et l'épuisement de l'espoir. Cette idée simple fait la force de l'ensemble.
Sur la forme, rien de spectaculaire : moyens modestes, photographie grisonnante, réalisation fonctionnelle. On est dans les codes de la série B, sans éclat mais sans honte. Là où le film surprend, c'est dans son écriture des personnages. Le duo mère-fille, d'abord insaisissable, gagne en épaisseur au fil des scènes, et leurs rares instants de complicité silencieuse touchent plus que tous les effets spéciaux du monde. La narration s'égare parfois, mais ces fragilités mêmes finissent par servir le propos : cette impression de tourner en rond, de s'enliser dans des réalités interchangeables, c'est précisément ce que vit l'héroïne.
Redux Redux laisse une impression tenace parce qu'il refuse de nous prendre par la main. Il plonge d'emblée dans le désarroi, et si l'intensité retombe ensuite, l'émotion, elle, demeure. C'est un film sur la douleur d'une mère, racontée avec une simplicité désarmante. On en ressort moins avec le souvenir d'un spectacle qu'avec celui d'un visage, d'un silence, d'un geste. Et c'est bien plus précieux.