Véritable hommage à la saga James Bond et aux fumetti neri, Reflet dans un diamant mort nous invite à rentrer dans la psyché tourmenté d'un agent secret à la retraite, séjournant, errant dans un hôtel sur la Côte d'Azur à la manière de "Mort à Venise". Très vite son passé le rattrape et il se retrouve confronté au spectre de son ennemie de toujours "Serpentik" qu'il n'a jamais réussi à démasquer. Le procédé narrative, en sans cesse "aller-retour", va et vient, noie le spectateur au même titre qu'il l'enivre. Notre esprit tourbillonne pendant 1h30 dans ce flots de scènes tantôt psychédéliques, tantôt bordéliques, rendant un hommage vibrant à tout un pan de cinéma des années 60-80. On remonte ainsi la mémoire tout aussi chaotique du vieil agent et on s'y perd littéralement, venant à douter de ce qui est réel et de ce qui ne l'est pas. Le duo de réalisateur n'hésiteront pas non plus à rajouter la mise en abîme, afin de rendre l'expérience plus infernale. Et si finalement nous n'étions pas plongé dans l'enfer de John D ? Revivant incessamment ses scènes de violences, d'échecs, de tortures, jusqu'à ce que celle-ci finissent par le rattraper et le punissent. Car John a bien des choses à se reprocher...
Toujours violent, même gore et érotique, le film survitamine, inonde sa pellicule d'idées de mise en scènes, de couleurs bariolées, saturées, de mouvements de caméra extravagants mais qui racontent toujours quelque chose. Le récit d'ailleurs labyrinthique, fragmenté, à la manière d'un kaléidoscope, arrive tout de même à se suivre (de manière non linéaire donc) et n’aboutis jamais à un cul de sac..tout ce qui est montré à une signification, même dans le sens le plus symbolique de terme, le spectateur même perdu, finira toujours par trouver un chemin, du sens. De plus le film n'a pas que pour lui sa forme cérébrale, qui nécessitera sans doute plusieurs visionnages, c'est aussi un film incarné, sensoriel, sensuel, érotique, viscéral, dans lequel le corps a une place de premier ordre. On le voit dans l'importance données aux chorégraphies, à la peau déchirée, entaillée, scarifiée, dans ce jeu de chat et de la souris entre John D. et Serpentik, basé sur l'attirance-répulsion. Les valeurs s'inversent progressivement, et le héros revêt le masque de l'infamie tandis que la femme "Diabolique" arbore petit à petit celui de la justicière. On assiste à une véritable déconstruction du mythe de l'agent secret et c'est un bonheur à suivre d'autant qu'on oublie pas d'humaniser un peu "le monstre".
J'ai aussi particulièrement aimé l'idée que le film reprend absolument tout d'un film de James Bond classique, méchant classique, caractéristique magnat du pétrole mais aussi méchants masqués, , utilisations de gadgets qui cette fois prennent une dimension inquiétante,
Petite ombre au tableau, j'ai trouvé le jeu d'acteur vraiment limite, et cela nuit un peu à l'immersion, l'émotion n'est donc pas vraiment au rendez-vous, privilégiant avant tout le spectacle charnel. Les plans très courts et resserrés nous empêchent aussi de nous pauser, de souffler entre les mille idées de mise en scène de ce talentueux duo.