Je n'ai pas réussi à accrocher à cette fable pré-écologiste.
Pourtant, je pensais revoir ce film avec plaisir. J'en avais gardé un souvenir mitigé que je mettais volontiers sur un manque d'attention. Bien mal m'en a pris !
L'allégorie du retour à la terre ne pas convaincu une seconde.
...déjà, panturle qui soulève une enclume dont le poids, vu la taille, doit bien avoisiner les 100 kg., la met sur le dos et descend tranquillement le chemin en discutant... j'ai eu un peu de mal... bon, on mettra ça sur le compte d'une entorse au réalisme justifiable par le fait que 99,9999% des spectateurs ne la remarqueront pas...
Mais je dois confesser que je n'ai jamais trop accroché au "réalisme" de Giono, et son "homme qui plantait des arbres", planteur infatigable de millions d'arbres selon les dires de l'auteur... qui laissa complaisamment passer pour un témoignage ce qui n'était qu'une jolie fablounette pour citadin en mal de terroir, m'avait surtout agacé par sa demesure, son réalisme en trompe-l'œil qui est tout donc, sauf réaliste.
Rien de plus détestable que la sincérité qui fait des manières, que la réalité dépeinte à grands coups d'artifices.
Hélas il en va de même pour "Regain", gonflé d'un symbolisme naïf, qui m'évoque surtout ces innombrables peintures de petits paysans, petites bergères du XIXe siècle dans lesquelles excellaient des artistes comme Bastien-Lepage, Bouguereau, Cabanel, Delobbe, Dahl, ou encore ce "réalisme paysan" de Dupré, Buland, Clausen, Debat-Ponsan qui chante la simplicité mais avec des accents de rococo, et dont raffolait la petite bourgeoisie, celle qui veut bien s'approcher de la pauvreté, mais quand elle est sur une cimaise. Un siècle après, le même mouvement s'est reproduit, avec le "retour" à la terre prêché ardemment par des citadins qui ont bien vite déchanté. Et de nos jours le même cycle semble encore se reproduire chez les écolos-amish adeptes de Biodynamie ou les survivaliste adeptes de la chasse à l'arc en milieu alpin mais si possible pas-avec-un-ours-car-quand-même-on-sait-jamais - peut-être le film bénéficiera-t-il d'un Regain (pardon, c'était facile, je sais) d'intérêt et trouvera-t-il un nouveau public ?
Le village, puisque c'est sur lui que s'ouvre le film, quasi abandonné, m'a paru complètement baroque, et d'un faux réalisme à la limite du romantisme vieillot. Manquait plus que le lierre sur une colonne gothique brisée et c'était bon. Il correspond peut-être à la vision qu'en ont des citadins nostalgiques du "c'était mieux avant", mais il ne ressemble sûrement pas à un village que ses habitants auraient abandonné depuis quelques années voire une ou deux décennies. Murs en ruine, toits effondrés... non, là je crois que Marcel Pagnol a exagéré copieusement le trait, et ce n'est plus un village en proie à l'abandon qu'il nous dépeint, mais un village bombardé par un raid aérien...1937, Guernica venait de se produire, mais quand même...
Et si le trait du scénario et de la mise en scène est forcé, on le retrouve dans le jeu des acteurs, ou plutôt le sur-jeu des acteurs principaux. Orane Demazis, comme à son habitude hélas, a un phrasé et des regards extatiques qui touchent à l'illumination dès qu'elle aperçoit un grain de blé ou une miche de pain (elle se met d'ailleurs illico à réciter un "pater noster" en bonne et due forme... après tout, tant qu'à y être, autant verser dans l'allégorie religieuse). Pour Panturle, son jeu oscille entre la lourdeur pataude et le surjeu aux accents de visitation béate dignes de la "Sainte-Thérèse en extase" du Cavalier Bernin, dès qu'il parle de la terre ou qu'il se saisit d'un soc de charrue... De grâce, un peu de retenue ! Le pain, la terre et l'eau c'est merveilleux, c'est entendu, mais dites-le nous avec au moins quelques accents de sincérité !
Fernandel joue un personnage antipathique, ce qui n'est pas un mal en soi, et serait même courageux, mais son jeu n'a pas l'élégance qu'il saura lui donner dans "Naïs" ou le "Schpountz", et tout à son emphase habituelle et ses "aïe aïe aïe", il n'est guère intéressant à voir, si ce n'est dans les dernières scènes où son personnage s'efface de l'histoire. Seuls, Henri Poupon et Charles Blavette, parviennent à avoir un jeu convaincant et sincère, et offrent des scènes touchantes ou drôles à voir.
Le film s'étire sur plus de deux heures, avec un passage particulièrement long au début, quand Fernandel et Orane Demazis errent dans la garrigue avant d'arriver à Aubignane, et dont on ne voit pas l'intérêt que Pagnol a bien pu trouver à le faire durer autant, car il n'apporte rien à l'histoire ni au portrait des personnages.
Au final, Marcel Pagnol nous livre un film d'un intérêt discutable, qui, pétri des bonnes intentions de nous conter une belle histoire, s'enlise bien vite dans l'allégorie romanesque aux accents religieux.
Il aurait sûrement gagné à s'épanouïr dans un réalisme simple, sincère, touchant, comme les personnages qu'il veut dépeindre, et tel qu'il saura le faire dans les grands films que seront "Naïs" ou le "Schpountz".