On a longtemps cru ce film de Raoul Walsh réalisé en 1915 définitivement perdu avant d’en retrouver une copie dans les années 1970. Il nous raconte l’histoire d’Owen, jeune orphelin de 10 ans récupéré par ses voisins de palier qui l’exploitent. A 25 ans, à la rue, il devient chef de bande mais finit par rencontrer Marie Deering, venue elle de la haute société et qui se charge d’une institution pour les plus démunis dans le quartier. Il en tombe amoureux, découvre la lecture et l’écriture et entrevoit la possibilité d’une nouvelle vie. Mais voilà, son passé va se rappeler à lui. Walsh évite le piège du mélo tire-larmes pour nous offrir un film noir, très réaliste, sur les bas-fonds, décrits sans fard et froidement bien avant la Grande Dépression des années 30 : la violence, l’alcoolisme, l’analphabétisme sont là, les enfants laissés à l'abandon vêtus de haillons et qui n'ont que la débrouille et le crime pour s'extirper de la misère. On trime pour pas grand-chose et on surine pour un rien. Walsh a tourné son film dans le quartier du Lower East Side de New York, un des quartiers les plus déshérités de la ville et il a engagé de vraies prostituées, vrais gangsters, ce qui donne des trognes pas possibles à la bande d’Owen. Le talent de Walsh (28 ans à l’époque) est éclatant : direction des acteurs, sens du rythme, du montage, précision du cadrage. Tout est là.
Il nous offre en plus de grands morceaux de bravoure dont l’incendie du ferry durant lequel la foule de figurants était si compacte et agitée que la police a dû intervenir. Les policiers ont même embarqué Walsh au commissariat, et ce dernier était trop heureux de cette publicité gratuite ! Les scènes de bagarre sont chorégraphiées à la perfection et rappellent certaines qui figureront plus tard dans ses westerns. Le film, considéré comme le 1er film de gangsters pose quelques-unes des règles du genre et a été un énorme succès. C’est le plus ancien des films de Walsh qu’on puisse encore voir et c’est sans aucun doute une source d’inspiration importante pour Martin Scorsese (« Mean Streets » par exemple). Je ne me souviens plus s’il le cite dans son « Un Voyage de Martin Scorsese à travers le cinéma américain ». On peut penser aussi à « Sur les Quais » d’Elia Kazan avec Brando ou encore "Il était une fois en Amérique" le testament de Sergio Leone. Tous ces grands réalisateurs (et bien d'autres!) doivent quelque-chose à Raoul Walsh. Malgré tous les efforts, la pellicule est très abîmée et bien qu’en DVD, certaines scènes sont difficilement visibles. Un très bon film.